13 Reasons Why – Saison 1, le suicide par la gloire

Ces dernières semaines une série Netflix a fait énormément de bruit : 13 Reasons Why. Celle-ci aborde le difficile sujet du harcèlement scolaire, et ses conséquences désastreuses sur une personne. Beaucoup ont été alertés par cette série, parlant de prise de conscience, et le buzz a été immédiat avec des millions de mentions sur les réseaux sociaux, moteurs de recherches, dès le premier jour. L’adaptation du roman éponyme de Jay Asher m’a intrigué, tant pour son sujet que par la hype qui s’est formée autour.

(Attention spoilers tout au long de l’article.)

Clay Jensen (Dylan Minnette) est un lycéen parmi d’autres, touché par le suicide récent de l’une de ses camarades, Hannah Baker (Katherine Langford). Un jour il reçoit une boîte contenant sept cassettes audio, celles-ci ont été enregistrées par Hannah : elle y raconte, étape par étape, ce qui l’a menée à se donner la mort.

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The Night We Met

Dans un jeu morbide, elle a préparé des cassettes pour chacun de ses camarades qui ont participé à la mettre dans cet état, consciemment ou non. Elle y égrène chaque étape de sa vie dans son nouveau lycée, chaque événement qui lui a donné le sentiment d’être rejetée, et chaque action qui a mené à un dernier événement, déclencheur de son suicide. Si la personne reçoit les cassettes, c’est parce qu’elle y est mentionnée, et le héros en fait partie. Avec ces cassettes on trouve une carte qui indique divers adresses, lieux qui ont marqué Hannah. Alors comme une aventure, le héros va aller dans tous ces coins de leur petite ville et découvrir épisode par épisode les moments où quelqu’un aurait pu sauver Hannah.
Immanquablement cette série a provoqué la conversation, notamment du côté des fans qui l’ont érigé en formidable pamphlet anti-suicide, capable de montrer ce qu’est le véritable harcèlement. D’un autre côté, certains parents associations ont pu s’alarmer devant la « glamourisation du suicide » comme l’explique Konbini. Je dois dire de mon côté être extrêmement partagé.

Partagé car c’est une sujet évidemment difficile, sur lequel il est compliqué de se prononcer. Le suicide ne s’explique que difficilement, et il est impossible de dire si les nombreux événements racontés dans la série auraient réellement pu mener quelqu’un à faire ce choix irrémédiable (à l’exception d’un ou deux événements, parmi les 13 raisons, qui sont extrêmement violents). J’ai presque eu tendance, pour ceux qui me suivent sur twitter, à me moquer de la série car les incohérences et événements mineurs s’enchaînent à plein régime.
Sur les événements d’abord, j’ai souvent eu le sentiment, pendant au moins 8 ou 9 épisodes, de voir une succession de mauvaises blagues de lycéens (et on sait tous que le lycée concentre un grand nombre d’idiots, la force de l’âge) à l’encontre d’une jeune femme plutôt populaire. On est bien loin du cadre habituel de l’étudiant rejeté, ostracisé par ses camarades, qui aurait certainement rendu la compréhension plus aisée pour le spectateur. Ici on voit une héroïne qui se sent rejeté à cause d’une liste stupide où les lycéens classent les lycéennes en fonction de leur corps (et Hannah est loin d’être la seule sur cette liste), parce qu’un lycéen stupide affirme avoir couché avec, ou encore parce que la délégué de la classe tente de sauver sa réputation et nie avoir eu une expérience lesbienne avec elle. C’est évidemment des moments difficile à vivre, mais leur impact est bien trop rapidement survolé et maladroitement expliqué pour qu’on puisse réellement croire à l’effet boule de neige que le réalisateur a prétendu vouloir mettre en œuvre.
Du côté des incohérences, il m’a été difficile de croire à toute cette histoire autour des cassettes, avec une dizaine de lycéens qui s’efforcent de cacher leur existence -quitte à faire exclure du lycée le héros en cachant de la marijuana dans son sac- en croyant que les révéler les mènerait à leur perte. Alors qu’à l’exception de l’un d’entre eux, ils risqueraient beaucoup moins à les révéler qu’à les cacher. Une autre chose m’a amusé également, de manière plus factuelle, c’est l’héroïne qui en conclusion de ses cassettes vient affirmer qu’il s’agit de la treizième et dernière cassette. Dommage qu’il y en ait 7, pour 13 faces. Les scénaristes sont probablement aussi jeunes que les acteurs et n’ont jamais connu les cassettes audio, ce qui expliquerait bien des choses.

Mess is Mine

Si on se détache du propos maladroitement mené, la série n’en est pas plus glorieuse. Malgré de bons débuts avec trois ou quatre épisodes plutôt sympathiques, qui nous invitent dans l’univers détestable du lycée américain, selon le point de vue d’un nerd, le schéma narratif tourne en boucle et n’apporte pas grand chose. L’héroïne nous répète dans ses cassettes ad vitam aeternam à quel point elle a souffert de cette fois-là où son petit ami est parti parce qu’elle lui a dit de partir (et je ne caricature pas), et l’intrigue n’avance pas réellement. Certes, on en découvre un peu plus à chaque fois sur sa vie, mais on reste plutôt bloqué sur les piètres prestations de nombreux acteurs et sur une histoire qui a du mal à retomber sur ses pattes. Sans être réellement mauvaise, 13 Reasons Why apparaît surtout comme une série à qui l’on a prêté de trop grandes qualités, et qui est incapable de réellement véhiculer le message qu’elle souhaitait. Le malaise sera totale à la fin, quand le viol devient presque acceptable tant la confrontation devient ridicule, aucun personnage n’étant capable de comprendre ce qu’il s’est réellement passé. Si la pression exercée par la société sur la victime est bien traitée, avec une culture du viol révoltante, le véritable problème réside dans le fait qu’aucun personnage ne vient contrebalancer ça et 13 Reasons Why apparaît comme un simple constat, sans amener le spectateur à aller au-delà.

Sans pour autant glorifier le suicide comme l’affirment certains, 13 Reasons Why m’a semblé passer complètement à côté du sujet et tombe dans la caricature du teen show sans grand intérêt. La problématique du suicide et la culture du viol ne sont là que pour attirer l’œil, sans jamais montrer à tous les jeunes qui se sont pris d’intérêt pour cette série que non, les choses ne doivent pas en rester là. Fin décevante, incohérences du scénario, bêtise crasse de certaines scènes et malaise lors du traitement de certains sujets font que j’ai le sentiment d’avoir perdu treize heures. De longues heures passées devant une série dont le seul mérite est de faire parler, en bien ou en mal, mais qui passe à côté de l’occasion de proposer quelque chose de fort. Très honnêtement si le sujet du harcèlement scolaire vous intéresse, je vous invite à regarder la série japonaise « LIFE » qui traite de manière bien plus réelle ce grave problème de société.

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3 réflexions sur “13 Reasons Why – Saison 1, le suicide par la gloire

  1. Je suis contente de voir qu’il reste encore des gens assez lucide pour voir ce qu’est cette série. En tant qu’éduc’ donc avec une vision très professionnel j’ai été apeuré de voir cette série. Quand certain la glorifie car elle « dénonce le harcèlement » je n’y vois qu’une sale histoire de vengeance. Une ado qui a vécue, certes, des atrocités mais qui surtout se venge de ceux qu’elle estime elle, être les responsables de son malheurs. La perversion même de l’adolescent. Cette série parle de harcèlement de manière bancale, en montrant tout ce qu’il ne faut pas montrer, en laissant en suspens des situations qui devraient aboutir à quelque chose de concret pour avoir un véritable impacte.
    Parler de sujet aussi délicat que le suicide (moi qui fait de la prév’ suicide), de mutilation, de viol, de harcèlement.. de manière aussi bancale peut être dévastateur. Je ne juge cette série qu’avec mes yeux d’éduc’ c’est pour ça que j’ai la dent dure contre elle. Le pire c’est qu’elle s’adresse à un publique adolescent. Bref, … J’suis vraiment très déçue de voir qu’il y aura une saison deux et surtout de voir que certains encouragent les ado’ à regarder. (tout en sachant qu’en Nouvelle Zélande ils ont interdit le visionnage aux ado’ sans les parents et qu’au Canada certains établissement scolaire interdissent qu’on en parle… ) De plus j’ai lu plusieurs articles de spécialiste qui dénoncer les méfaits que peut avoir la série… Dommage, si ils avaient volonté de faire les choses bien, ils sont passés à côté…
    Comme tu le dis, elle amène des problèmes, des réalités sociétal indéniable (culture du viol, harcèlement…) sans vraiment en faire quelque chose de positif. Ca reste en suspens. A la fin, un des jeunes se suicide, une autre tombe dans l’alcool, sans parler de celui qui s’apprête très certainement a commettre une tuerie de masse.
    Et oui les scénaristes doivent être jeune car c’est Séléna Gomez mit en place cette série, tiré d’un bouquin teen.
    Bref, en tout cas, je trouve ton analyse très juste. :)

    Aimé par 1 personne

    1. C’est très intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un qui travaille dans ce domaine ! Je l’ai regardé qu’avec un regard extérieur, avec ce que j’ai pu vivre, voir, observer lors de mes années lycée. Et cette série m’a semblé bien trop décalée, trop « à la mode », elle banalise bien trop la situation en en faisant quelque chose de « cool » avec ces cassettes qui représentent l’esprit hipster d’une jeune fille qui veut laisser une trace, se venger. Son seul mérite est de faire parler, mais je ne la conseillerai jamais à un jeune ou quelqu’un de fragile, en tout cas pas sans que la personne soit accompagnée. A la limite, elle peut être positive si des parents la regardent avec leurs ados, pour qu’ils comprennent qu’il peut exister des douleurs qui ne se voient pas. Mais soyons sérieux, aucun adolescent ne regardera 13 Reasons Why avec ses parents…
      En tout cas merci pour ton commentaire, à force de lire les louanges faites à la série je me disais que j’étais peut-être passé à côté de quelque chose d’important, ou que je manquais de compréhension.

      J'aime

      1. Je comprends j’ai eu la même impression que tout le monde aimait sauf moi. Puis en fouillant sur Internet j’ai remarqué que des professionnel ou des parents avaient le même avis que moi.
        Elle banalise les événements et ouais le côté hype m’a dérangé .. Mais le pire c’est la vengeance…
        M’enfin comme je le disais ça fait plaisir de voir que des gens ont réfléchie à ce qu’ils voyaient.

        Aimé par 1 personne

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