Missing, les femmes envers et contre tous

Missing est un thriller engagé réalisé par la sud-coréenne Lee Eon Hee/E. Oni en 2016 et distribué depuis peu en France par la plateforme e-cinema.com. Le film met en scène une jeune mère divorcé dont l’enfant a été kidnappé.

Ji Sun (Uhm Ji Won) et son ex-mari sont en pleine bataille pour obtenir la garde de leur fille Da Eun. Bien qu’elle ai du mal à concilier sa vie professionnelle, qui l’occupe énormément, et son rôle de mère, elle est prête à tous les sacrifices pour ne pas perdre sa fille. D’autant plus qu’elle a récemment réussie à trouver un certain équilibre en embauchant Han Mae (Gong Hyo Jin), une nounou d’origine chinoise. Un soir, elle rentre à la maison après le travail et découvre que sa fille et la nounou ont disparues.

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Une critique sociale acerbe

Sous ses faux airs de thriller le film de Lee Eon Hee se révèle avant tout comme une œuvre engagée, au-delà de l’enquête menée par l’héroïne pour retrouver sa fille c’est la question de la place des femmes dans la société coréenne qui intéresse la réalisatrice. Plusieurs fois on met l’héroïne au ban de la société à cause de son statut de mère travailleuse : son ex-mari va lui dire froidement qu’elle n’agit pas comme une mère pour sa fille, son boss va lui rappeler à quel point il exècre embaucher des femmes avec enfants, et c’est son statut même de mère qui est sans cesse remis en cause. La réalisatrice nous raconte une société qui n’accepte pas vraiment qu’une femme avec enfants, et pire, divorcée, puisse à la fois travailler et s’occuper de son enfant, tandis que de l’autre côté elle nous raconte aussi la condition sociale difficile pour Han Mae, la nounou d’origine chinoise. Faisant face à un racisme quasi-institutionnel qui lui nie ses propres droits, elle n’a aucun véritable avenir devant elle et se retrouve contrainte d’obéir aux personnes malintentionnés qu’elle croise au fil de sa vie. Missing devient alors un drame, un drame familial et social où le kidnapping de l’enfant n’est qu’une représentation cinématographique d’un mal qui ronge plus profondément la société où l’action prend place.
C’est une société qui dévalorise les femmes, dont le rôle est réduit à celui de progénitrices, et la réalisatrice érige en rempart le courage de ces femmes qui sont victimes d’entourages destructeurs. Critique sociale acerbe, Missing offre un regard intéressant sur la Corée du Sud et ses contradictions entre modernité et place de la femme sans cesse mise en cause.

Bien entendu on a affaire à un thriller coréen et à tous ses codes, mais la réalisatrice frappe surtout par ses qualités de mise en scène d’une action tantôt frénétique, tantôt d’une sensibilité terrible. L’action prend place entre l’appartement chaleureux de l’héroïne et son pendant crade et inattendu des quartiers sombres de Séoul, où prostitution et trafics sont bien présents. Le film s’amuse de ces deux facettes de la Corée qui sous ses airs de modernité relègue loin derrière celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de faire partie de la bonne société. Les femmes avant tout, dont la place est mise en cause dans les cercles les plus aisés, mais aussi les étrangers comme la nounou, d’origine chinoise, à qui on n’accorde qu’une place misérable. Les deux actrices qui portent le film sont mises dans une quasi-situation de course contre la montre, avec une action constante et un goût prononcé pour le rythme que la réalisatrice maîtrise avec beaucoup de justesse. Mais il faut dire que Uhm Ji Won et Gong Hyo Jin la lui rendent avec au moins autant de talents. Les deux actrices jouent ici des rôles que tout oppose, l’une a une situation assez confortable et fait partie d’une société relativement jeune et aisée, assez représentative de l’image que tente de renvoyer Séoul. Tandis que l’autre est une immigrée à qui l’on nie les droits les plus simples.

Thriller et drame familial

Les deux partagent toutefois cette même oppression des femmes, pour des raisons différentes mais qui en reviennent toujours à leur condition de femmes. La nounou est abusée par des personnes malintentionnées qui lui promettent monts et merveilles dans un pays qu’elle connaît mal, tandis que l’autre est mal considérée dans son travail, et fait face à des autorités qui ne croient pas vraiment en elle lorsqu’elle vient signaler l’enlèvement de son enfant. La réalisatrice Lee Eon Hee livre une critique sociale plutôt intéressante tant elle est pertinente dans le genre cinématographique qu’elle exploite. Dans les thrillers coréens les femmes ont rarement une place prépondérante, et malgré l’amour que je porte à ce genre je ne peux que regretter qu’elles ne jouent souvent que les rôles de victimes, ou de faire-valoir, de ces films. Ici, non seulement elles sont les héroïnes, mais elles représentent aussi tous les torts d’une société qui peine à évoluer avec les nouvelles problématiques qui se posent à elle.

Outre la pertinence de sa critique, la réalisatrice sud-coréenne offre avant tout un thriller bien ficelé et dans la plus pure tradition du genre, tout en y ajoutant quelques composantes du drame familiale et social, où le kidnapping n’est finalement qu’une émanation d’une société dysfonctionnelle. Le film tient évidemment à ses deux actrices, toutes deux géniales, avec qui la réalisatrice a monté un film intéressant et inattendu.

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