Silent Voice, des mots en émotions

Sorti en 2016 au Japon, le film d’animation adapté du manga A Silent Voice, raconté par sa réalisatrice Naoko Yamada, a enfin bénéficié d’une sortie en salles en France le 22 août 2018 grâce à une campagne de financement participatif. Le bon moment pour en parler, et je l’espère vous faire découvrir un film d’animation qui, s’il n’a pas la notoriété du très apprécié Your Name sorti l’année dernière, mérite tout de même que l’on s’attarde dessus.

Shoya Ishida, jeune homme quelconque, se rend sur un pont avec l’intention de se suicider. Sur le point de sauter, il entend au loin des feux d’artifices et se souvient soudainement de son passé, et de sa relation plus jeune à l’école avec Shoko Nishimiya, une enfant sourde qui tentait de se faire accepter par une classe peu accueillante.

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Violence…

A Silent Voice est un de ces films d’animation tire-larmes qui s’attache ainsi à contextualiser ses personnages, de manière à rendre la suite infiniment plus difficile à encaisser pour les spectateurs et spectatrices. Avec un sujet difficile, celui de l’acceptation des autres mais surtout du harcèlement scolaire, le film nous invite à observer une jeune fille sourde qui ne sert que de souffre-douleur à ses camarades d’école, aux travers des yeux d’un jeune garçon qui lui même participe à ce harcèlement. Une situation difficile, mais aussi une histoire terriblement humaine où les émotions de chacun vont prendre le pas sur l’indifférence et l’incompréhension. Doté d’une sensibilité inattendue, d’autant plus que je n’ai jamais lu le manga dont le film d’animation est adapté, le film réalisé par Naoko Yamada nous emmène au milieu d’une relation compliquée entre deux personnages qui vont grandir l’un à côté de l’autre, l’un culpabilisant pour le harcèlement auquel il a pris part, l’autre pleine de compassion.
L’amour et l’amitié sont des thèmes centraux pour cette histoire qui a préféré éviter la simplicité pour s’intéresser plutôt aux mécanismes émotionnels qui vont pousser les deux personnages à se rapprocher, mais également le reste de la classe à ouvrir les yeux et cesser leurs atrocités. Sans pour autant viser un quelconque réalisme vis-à-vis de ceux qui souffrent, dans la réalité, du harcèlement scolaire, A Silent Voice est un film d’animation efficace qui est capable de taper juste pour émouvoir le spectateur sur la condition de la victime, et de l’évolution de son rapport avec ceux qui l’ont harcelée. Ces derniers ne sont jamais glorifiés, ni même vraiment pardonnés, et c’est probablement là la force du film. Car si leurs erreurs sont admises, leur comportement sera toujours pointé du doigt et raconté comme terriblement malsain. Un choix intéressant de la part de l’auteure, qui s’inspire du sérieux problème du harcèlement scolaire qui touche le Japon sans pour autant virer à la romance mal placée qui permettrait de tirer un trait sur le passé.

Pour autant, A Silent Voice s’intéresse aussi aux notions de repentance et de culpabilité, alors que l’on visite l’histoire au cours d’un long flashback dans la tête d’un des harceleurs devenu, depuis, ami. Cet antihéros est évidemment exécrable, mais l’intérêt du film réside dans sa manière de raconter cette relation difficile entre des camarades de classe dont la vie a été affectée par ces événements, la victime évidemment qui se retrouve soumise à un mécanisme de culpabilité, lui faisant croire qu’elle est responsable des torts qui lui ont été causés. Mais aussi ses camarades, entre ceux qui ont réalisé leurs torts, et d’autres qui refusent de les admettre. C’est en réalité une histoire mature qui n’hésite pas à aborder de fond en comble le sujet sans trop le romancer (même si l’on reste dans un film grand public), tout en essayant des croyances populaires et la systématique culpabilisation de la victime.
Terriblement touchant, le film bénéficie du soin apporté par la réalisatrice Naoko Yamada et sa scénariste Reiko Yoshida à la construction des personnages. S’il m’est impossible de le comparer au manga, ne l’ayant pas lu, je dois tout de même dire que le sens du détail est exceptionnel. Sans s’étaler dans une exposition interminable, elles parviennent à saisir les caractéristiques et pensées des personnages suffisamment rapidement pour nous immerger dans l’histoire. Ces camarades d’école sont exécrables, souvent détestables, mais ils n’auront aucun mal à nous toucher tant ils sont humains. De la même manière, l’héroïne victime de leur idiotie est un personnage formidablement construit, avec sensibilité, une héroïne qui enjambe les clichés du genre pour proposer une touche de délicatesse à un groupe qui n’en avait pas.

… et repentance

Une réussite d’écriture mais aussi une animation séduisante, la Kyoto Animation qui a déjà prouvé depuis longtemps ses énormes qualités en la matière (notamment Violet Evergarden sur Netflix, cette année), nous propose un film d’animation soigné et très agréable à l’œil. De l’utilisation de quelques détails (comme les croix sur les visages des personnages secondaires, traduction de l’incapacité de l’antihéros à les regarder droit dans les yeux) à la qualité de l’animation générale, A Silent Voice est véritablement dans le haut du panier de la production japonaise. Une qualité d’image à laquelle on ajoute la musique originale de Kensuke Ushio, au piano notamment, qui vient raconter ce sentiment d’abandon et de solitude qui touche les victimes de harcèlement.

D’une violence émotionnelle terrible, A Silent Voice n’en reste pas moins un film empreint de tendresse dans un monde qui ne cesse d’en manquer. L’ambiguïté de l’antihéros et la force de la victime forment un duo inattendu pour une histoire qui ne cesse d’émouvoir sur un thème difficile mais plus que jamais d’actualité. Si le thème du harcèlement scolaire a le vent en poupe ces temps-ci à la télévision et au cinéma, A Silent Voice a le mérite de ne pas glorifier le suicide et les harceleurs, traitant ces sujets avec plus d’humanité et de sensibilité que de spectacle, au contraire d’une série produite par Netflix qui a fait le buzz l’année dernière. A noter d’ailleurs que les producteurs du film ont une certaine considération pour les personnes concernées par cette histoire, puisque la voix originale de la jeune fille sourde est interprétée par Lexi Cowden, elle-même sourde, ce qui est aussi le cas pour la version française avec la youtubeuse MélanieDeaf. Un choix que j’approuve grandement, la diversité et le respect de celle-ci passant également par l’animation.

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