Leave No Trace, la liberté d’être et de choisir

Leave No Trace est un film réalisé par Debra Granik, adapté du roman My Abandonment de Peter Rock. La réalisatrice nous raconte la vie d’un père et de sa fille qui vivent en marge de la société en pleine forêt. Le film a été sélectionné à Sundance et à Cannes, avant de sortir en salles le 19 septembre dernier.

Will (Ben Foster) est un vétéran souffrant de trouble de stress post-traumatique. Après des années au service de son pays et d’une société dans laquelle il ne se retrouve pas, il vit avec sa fille de treize ans, Tom (Thomasin McKenzie), dans une forêt de Portland. Isolés de tout, les deux adhèrent à ce mode de vie alternatif, jusqu’au jour où repérés par un jogger, le père est arrêté et sa fille interrogée par les services sociaux.

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No Shelter

La réalisatrice Debra Granik nous emmène dans une forêt de l’Oregon, un parc naturel où se baladent habituellement curieux et joggeurs. Mais parmi eux on retrouve ces deux personnes, isolées, qui vivent ce qu’on appellerait habituellement un mode de vie alternatif. Loin de la modernité et de la pollution de la ville, c’est au cœur de la forêt et avec les moyens du bord que le père et sa fille ont élu domicile. Cette vie surprenante prend fin quand les deux se retrouvent prisonniers des rouages du système : repérés par un passant, c’est les services sociaux qui viennent les arrêter et leur poser des questions. L’excuse est qu’il s’agit d’un parc naturel et qu’il est donc impossible d’y camper, mais en réalité, c’est leur mode de vie qui pose question et qui dérange. A la recherche d’une bonne raison de les envoyer ailleurs, ils finiront par réussir à les emmener dans une ferme loin de la ville, où ils seront logés et où le père aura un travail. Mais cette nouvelle vie, à laquelle parvient à s’adapter la jeune fille, fait resurgir chez son père les traumatismes et troubles qui l’empêchent de vivre en société, on réalise alors que la forêt n’est pas qu’une alternative, c’est un véritable échappatoire pour un homme qui a été abandonné par le système. Après avoir donné sa vie à l’armée, il n’a plus que sa fille pour le soutenir dans ses séquelles.

Mais plus qu’à un mode de vie alternatif, Leave No Trace est avant tout une formidable leçon de vie, une histoire qui nous raconte cet amour familial d’une tendresse sans pareil, d’une jeune fille à son père souffrant des séquelles d’une vie passée. Beaucoup de films et séries abordent les troubles de stress post-traumatique, mais souvent passent à côté de l’essentiel. Debra Granik et sa scénariste Anne Rosellini s’intéressent véritablement à la condition de cet homme, l’impact de ce trouble sur sa vie et son entourage. Incapable d’aborder sereinement les interactions sociales, c’est au sein du calme de la forêt qu’il trouve paix et refuge, une vie dans laquelle le suit sa fille, jusqu’au jour tant redouté où elle rêvera d’autre chose. Leave No Trace nous raconte cette transition, l’incapacité d’un homme à vivre comme avant, et une jeune fille qui grandit et qui espère découvrir autre chose. La réalisatrice aborde ces sujets avec une subtilité et une tendresse caractérisée par des plans rapprochés sur ses personnages en opposition à l’immensité de la forêt, des plans presque claustrophobes comme traduction du sentiment d’isolation qui entoure les deux personnages. « Les autres » sont mis à l’écart, la caméra ne s’attarde jamais sur eux ni sur leurs idées, à l’image de cette scène où le père et sa fille sont interrogées chacun de leur côté par les services sociaux, où l’on ne voit que leurs visages et leurs réactions aux questions de plus en plus troublantes.

We Share a Star

La photographie simple, limpide mais pourtant décisive de Michael McDonough apporte au film une identité formidable, où la forêt devient refuge face au logement terne et déprimant que les services sociaux attribuent au père et sa fille. La violence de cette vie se traduit dans une image presque sale, et toujours à hauteur de ses personnages, sans jamais les dépasser pour atteindre l’immensité des décors qui les entourent. Mais si Leave No Trace fonctionne aussi bien c’est en très grande partie grâce à Thomasin McKenzie. La jeune actrice livre une prestation d’envergure dans un rôle pourtant peu aisé, où l’apparente jeune fille s’affirme peu à peu en prenant sa vie en mains face à un père qui n’est plus en mesure d’assumer la vie en société. L’alchimie avec Ben Foster fonctionne à merveilles et les deux nous font croire sans mal à cet amour qui unit un père et sa fille, envers et contre tous.

Leave No Trace est une excellente surprise, vu complètement par hasard dans un cinéma de quartier, le film de Debra Granik nous rappelle à quel point la simplicité sied au cinéma et aux histoires les plus touchantes. Sans artifices, mais toujours avec maîtrise, la réalisatrice nous emmène dans une histoire curieuse qui mêle traumatisme et amour paternel, émancipation et rêves d’un autre monde. Parfois naïf, le film n’en reste pas fidèle à son idée de tendresse dans un monde où règne la loi du plus fort.

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