Avengers Endgame, un dernier hommage à une génération fantastique

Nous y voilà : onze ans après Iron Man, le premier film du « Marvel Cinematic Universe », Avengers Endgame vient conclure une décennie d’aventures en tout genre. Si tous les films n’avaient pas le même intérêt, on concède aisément à Marvel Studios sa capacité à s’approprier le genre du blockbuster pour le dépasser et créer un univers inédit au cinéma.

Après les événements de Avengers Infinity War où il a triomphé, Thanos se retire paisiblement alors qu’il pense avoir restauré l’équilibre de la galaxie. Ce qui reste de super-héros en ce monde n’arrive plus à y croire, l’échec est monumental et la reconstruction difficile. Jusqu’à ce qu’un nouvel espoir arrive…

Avengers_Endgame_Critique (4)

Avengers Assemble

Difficile pour les frères Russo, à la baguette de cette conclusion, de surprendre les spectateurs. Depuis la sortie de Infinity War les théories se sont multipliées, mais surtout, tout le monde attendait un peu ce spectacle gigantesque où toutes les forces en présence devaient livrer une dernière bataille. Et c’est sur cette voie que s’engagent les réalisateurs, tout en parvenant à surprendre, plus ou moins, en se concentrant sur la déchéance des héros qui n’ont fait que grandir pendant dix ans. Après le combat contre Thanos dans Infinity War, les survivants sont tous diminués, affaiblis, fatigués par une décennie de lutte contre des forces toujours plus obscures. Certains ont mal tourné et n’y croient plus, tandis que Captain America devient le symbole de l’échec : il n’incarne plus l’espoir comme autrefois, et on a droit à un savoureux dialogue où Black Widow lui fait remarquer que son optimisme n’a plus aucune raison d’être. C’est un choix très intéressant de la part des réalisateurs, qui prennent à contre-pied l’action attendue -en attendant un dernier acte spectaculaire- pour se concentrer sur l’après Infinity War, l’après-Thanos. Les années qui suivent la disparition de la moitié des êtres vivants de la galaxie, en donnant un voix à des héros et héroïnes qui tentent tant bien que mal de maintenir un semblant d’espoir de changer les choses. C’est aussi l’occasion de faire le point sur la décennie écoulée, sur les succès de ces personnages, mais aussi leur responsabilité dans un monde qu’ils n’ont pu sauver. Curieusement ce Avengers Endgame, malgré un ton souvent humoristique comme le veut la tradition Marvel, a une dimension presque mélancolique : plus que la fin des Avengers, c’est la fin d’un monde, d’une époque et de ses symboles. Un premier acte que le film installe tranquillement, sur un rythme étonnant tant il prend le temps de raconter les souffrances de ses personnages. Mais tout cela n’a finalement qu’un objectif : mener les Avengers d’origine, ceux qu’on a découvert il y a dix ans, vers un dernier moment de bravoure. Une sorte de gigantesque hommage de trois heures où les réalisateurs du film reviennent -littéralement- sur le passé en emmenant leurs personnages dans le souvenir de quelques scènes mémorables des anciens épisodes. Jusqu’à une dernière bataille où l’ancienne génération passe le flambeau à la nouvelle, dans un combat tout à fait jouissif où les fans de comics et de films Marvel auront bien du mal à cacher leur bonheur en entendant ce cri de guerre « Avengers Assemble » propre au groupe de super-héros.

Thanos, un ennemi dont la puissance dépasse l’entendement n’est qu’une excuse à ce baroud d’honneur. Une excuse à une conclusion qui cherche avant tout à rendre honneur à l’univers installé il y a longtemps, dans un film bourré de « fan service » et de références. A son univers cinématographique évidemment, mais aussi à bon nombre de comics pour s’adresser à un public qui voit partir une espèce de bande de potes, des personnages qui les ont accompagné pendant une dizaine d’années. Evidemment, et on le verra plus tard, Avengers Endgame n’est pas une oeuvre cinématographique importante en tant que tel, mais son impact sur une génération et sa capacité à fédérer sont admirables, et c’est finalement la plus grande force du film. Parce qu’on se laisse embarquer dans trois heures d’une aventure hors du commun, où les personnages installés depuis longtemps dans l’imaginaire collectif deviennent les acteurs d’un drame émouvant. C’est une dernière balade avec des personnages qui vont, pour certains, disparaître (c’était écrit dès le départ), mais une dernière balade épique où la déchéance initiale devient finalement un moteur pour une montée en puissance jusqu’à l’affrontement final. Une bataille à la mise en scène épique, fortement inspirée par quelques planches de comics, et avec une iconographie qui donne à cette bande de super-héros un côté très « divin » à laquelle rend honneur une bande originale assez géniale, et probablement dans le haut du panier de ce que les films Avengers ont pu proposer jusque là.

Fear Itself

Pour autant Avengers Endgame n’est pas un film très maîtrisé, et le style des frères Russo se retrouve plus que jamais confronté à ses propres limites. Son montage est, pardonnez moi l’expression, un vrai bordel. Malgré ses trois heures, le film passe rapidement d’une situation à l’autre et semble parfois se perdre. Si Infinity War dans un style similaire s’en sortait plutôt bien, Avengers Endgame se perd parfois. D’autant plus que les frères Russo abusent, et sur-abusent de l’utilisation de la « shaky cam » pour masquer leurs lacunes terribles en matière de scènes d’action. On apprécie le spectacle offert par la bataille finale, mais les scènes d’action moins ambitieuses elles sont bâclées avec une mise en scène qui ne parvient pas à saisir leur impact. C’est assez décevant, car j’aimais beaucoup leur travail à l’époque du Soldat de l’Hiver (Captain America 2) où, sans être parfait, le film proposait quelques moments vraiment savoureux en matière d’action. Sans remettre en cause mon plaisir devant Avengers Endgame, ces lacunes que les frères Russo ne parviennent pas à combler me font tout de même espérer que la prochaine génération de super-héros chez Marvel pourront profiter du travail de réalisateurs et réalisatrices plus intéressantes.

Baroud d’honneur et dernier hommage à ses fondateurs, Avengers Endgame est un cadeau aux fans de la première heure où les Avengers livrent leur dernière bataille, avec beaucoup d’émotion, avant de passer la main à la nouvelle génération. Pas toujours heureux avec une réalisation dont on attend beaucoup plus, le film séduit sans mal et provoque une émotion certaine grâce à ses références, comme une déclaration d’amour  à un univers cinématographique singulier qui a su pendant dix ans user des ficelles des blockbusters pour s’installer dans l’imaginaire collectif. Autrefois moqués comme des produits destinés aux « nerds », les comics et leurs adaptations cinématographiques ont fait leur trou et Captain America, Black Widow ou Iron Man sont devenu(e)s des personnages incontournables. On sort de la salle avec émotion, en se disant qu’on a malgré tout vécu une belle décennie avec ces personnages, et on attend avec impatience de voir la relève.

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