John Wick 3 : Parabellum, une heure pour s’échapper

Troisième épisode de la saga créée par Derek Kolstad et Chad Stahelski, John Wick 3 : Parabellum raconte un héros en cavale, qui doit s’échapper d’une mort certaine alors qu’il a trahi une des règles des tueurs à gage. Un nouvel épisode relativement classique, mais particulièrement décevant.

A peine une heure après les événements du deuxième film, John Wick (Keanu Reeves) est devenu une cible pour tous les tueurs à gage et sera bientôt excommunié pour avoir tué quelqu’un au sein de l’hôtel Continental à New York, jusqu’alors un lieu de paix. Une heure pour s’échapper, et une heure pour trouver refuge.

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Tick Tock Mr. Wick

Je n’ai jamais caché mon amour pour la saga imaginée par Derek Kolstad, l’histoire d’un tueur à gage solitaire souvent caricaturé, qui s’est lancé dans une vendetta pour venger son chien. Mais John Wick c’était surtout une saga capable d’amener quelque chose de nouveau au film d’action, avec une mise en scène inventive et astucieuse qui dépasse la shaky cam qui gangrène le genre, pour plutôt s’appuyer sur la préparation formidable de ses acteurs et cascadeurs, capables de se lancer dans des chorégraphies d’une difficulté assez monumentale. C’est un peu le meilleur des deux mondes, entre l’ambiance poisseuse des nuits occidentales et les chorégraphies déconcertantes des films d’arts martiaux asiatiques. Keanu Reeves s’est payé une nouvelle jeunesse, devenu une icône alors qu’il campe à la perfection un rôle écrit pour lui. On dit pourtant que toutes les bonnes choses ont une fin et ce troisième épisode de la saga a été comme une douche froide après une longue attente. Evidemment tout n’est pas à jeter : on y retrouve le style de Chad Stahelski, ses scènes d’action très stylisées et sa manière de mettre en avant la qualité des chorégraphies imaginées par ses équipes. Souvent jouissif, John Wick 3 ne brille jamais plus que lorsque son héros parvient à se débarrasser de nombreux tueurs à gage avec des coups bien sentis. Le film multiplie d’ailleurs ses inspirations, entre la scène de la moto qui vient tout droit du film coréen The Villainess (2017) (pour une réussite toute relative, à l’image de l’originale) ou même cette conclusion sous forme d’ascension dans un immeuble, qui rappelle légèrement le film The Raid (2011) ou plus généralement la progression dans les jeux vidéo jusqu’à une sorte de « boss » final. Ces inspirations placent John Wick 3 dans son époque et dans un genre que ses auteurs affectionnent, comme une déclaration d’amour au film d’action.

Mais curieusement John Wick 3 perd un peu de folie, en nous racontant un héros en perte de repères, renié par les siens et cruellement diminué. John Wick n’est plus que l’ombre de lui-même, emportant l’intensité qui faisait le sel des deux précédents films. Le héros quasi-mythifié laisse place à une caricature de lui-même, toujours aussi invincible mais curieusement désintéressé, désincarné face à une menace pourtant plus forte que jamais. Celui qui était autrefois le chasseur est devenu proie, et son délai d’une heure pour s’échapper est probablement le meilleur moment du film. On y voit un héros en fuite, en recherche d’un échappatoire, avant que les choses reprennent leur cours et que s’enchaînent des scènes d’action sans idée, avec des chorégraphies moins marquantes que dans ses précédents épisodes, des affrontements sans impact et sans saveur. Reprendre ce qui a marché ailleurs est parfois une bonne idée, mais Chad Stahelski donne le sentiment de simplement vouloir enchaîner des scènes « iconiques » sans comprendre ce qui a fait le succès des deux premiers John Wick.

Deconsecrated

Car leurs scènes d’action devaient leur impact à un sentiment de nouveauté, à un côté véritablement rafraîchissant dans le cinéma d’action. Des chorégraphies à la minutie terrible qui nous plongeait volontiers dans une certaine suspension d’incrédulité en donnant une allure réaliste à des affrontements qui ne le sont à aucun moment. Du costume pare-balles au tueur à gages méthodique qui élimine tous ses ennemis avec une facilité déconcertante, John Wick marquait par sa manière de mettre en scène l’impossible avec, paradoxalement, un réalisme formidable. Mais ici le manque d’impact met à mal une réalisation qui, pourtant, continue de valoriser ses chorégraphies sans abuser d’artifices lamentables auquel le cinéma d’action nous a habitué. Et ce n’est pas l’interprétation de Keanu Reeves, pas très convaincu par les événements, qui permet au film de relever la tête. Heureusement la photographie de Dan Laustsen reste pratiquement irréprochable, avec toujours cette même maîtrise de l’obscurité et de son contraste avec les néons d’une ville sous la pluie.

Plein de références au cinéma d’action, John Wick 3 : Parabellum oublie ce qui a fait le succès critique de la saga. Plus qu’un énième film d’action, on aurait aimé retrouver l’ingéniosité des affrontements et son rythme effréné caractéristique. Malheureusement, Chad Stahelski et Keanu Reeves peinent à retrouver la fougue qui a fait de John Wick une saga formidable. Alors on parlera évidemment de la scène d’action avec des chiens, mais quand bien même celle-ci est sympathique, on l’échange volontiers contre à peu près tout ce que les deux premiers épisodes proposaient.

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