Nevada, un long chemin vers une paix intérieure

Longtemps actrice, Laure de Clermont-Tonnerre faisait ses débuts derrière la caméra avec un court-métrage. Forte de cette première expérience, elle se lance cette fois-ci dans un premier long-métrage tourné en anglais, Nevada (ou The Mustang), où elle met en scène un Matthias Schoenaerts en quête de rédemption.

Dans une prison du Nevada est mis en place depuis longtemps un programme de réinsertion qui permet aux prisonniers d’entraîner et de s’occuper de mustang, les chevaux sauvages de l’ouest américain. Parmi eux se trouve Roman Coleman (Matthias Schoenaerts), incarcéré depuis douze ans, qui a toujours vécu dans la haine et la violence.

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No Way in Hell

Une prison au milieu dans l’ouest sauvage, une violence carcérale quotidienne et un isolement terrible : Laure de Clermont-Tonnerre nous raconte l’enfer, celui de condamnés qui se retrouvent dans des prisons où la violence et la solitude priment sur le reste. Mais au milieu de cet enfer se trouve une petite porte vers une forme de tendresse, celle de chevaux sauvages qui sont apprivoisés avant d’être revendus, principalement à la police. Les prisonniers y trouvent là un échappatoire, un moyen de mettre un terme à l’isolement en passant du temps avec des animaux qui ne les jugeront pas pour leurs méfaits. Matthias Schoenaerts y incarne un prisonnier en proie à une forme de haine intérieure, condamné à une très longue peine de prison pour un crime d’une violence terrible, qui se retrouve dans ce programme un peu malgré lui. Il n’a jamais monté un cheval, encore moins tenté d’en apprivoiser un, et c’est son histoire que la réalisatrice et co-autrice du film nous raconte avec une tendresse formidable. Le programme de réinsertion devient une excuse à une quête de rédemption, au rêve d’un détenu qui n’a jamais eu l’occasion de rêver, de prendre le temps de s’occuper d’un animal, et qui n’a jamais passé une heure avec quelqu’un sans être jugé pour ses crimes. Et il tombe sur un cheval difficile à apprivoiser, un pur mustang qui n’a aucune intention d’obéir à l’humain. A son image finalement, pour un détenu qui a fondé sa vie sur la violence, le refus de l’autorité et l’incapacité plus généralement à se fondre dans la masse. Il y a une tendresse assez formidable qui se dégage de cette relation quasi-fusionnelle entre le cheval et l’humain, rapprochés par la force des choses et dans l’unique but de s’échapper d’une vie monotone.

Cette quête de rédemption est formidablement menée par un Matthias Schoenaerts, acteur belge qui mange ses mots comme un vrai « bad guy » américain, mais surtout y dévoile tout l’étendu d’un talent dont on n’a jamais vraiment douté. Le détenu violent pour lequel on n’a a priori pas la moindre affection devient le héros d’un programme de réinsertion qui en fait un homme particulièrement touchant, lucide sur ses torts et son crime, mais incapable de trouver une issue. C’est d’ailleurs là que sa relation quasi-fusionnelle avec le cheval prend son importance, racontée de la meilleure des manières par la réalisatrice. Alors que l’environnement carcéral ne laisse aucune place à la réinsertion, avec un monde violent où les détenus sont exploités et maltraités, la réalisatrice nous montre un échappatoire, un bout de liberté et d’espoir pour un détenu qui ne semblait pas capable de se repentir et devenir quelqu’un d’autre. Nevada est une très belle œuvre sur la rédemption, qui est aussi racontée avec les multiples visites de la fille enceinte du détenu, au travers de leur relation terrible et des mots d’une violence émotionnelle incroyable qui symbolisent à chaque fois une nouvelle étape vers une forme de « guérison ».

Can’t seem to make you mine

Nevada n’est pas seulement une histoire touchante, c’est aussi la photographie de Ruben Impens (qui officiait déjà sur l’excellent Grave de Julia Ducournau il y a deux ans), particulièrement fine et intéressante, qui joue constamment sur le contraste entre l’ombre et la lumière. Associé à la mise en scène particulièrement maline de Laure de Clermont-Tonnerre, ils jouent sur l’isolement de la prison et le grand air avec les chevaux, mais aussi sur ces parallèles entre la cellule du détenu et l’enclos du cheval. Nevada est un film très agréable à regarder, avec de beaux plans qui tirent profit du grand air de l’ouest américain, de la beauté sauvage des mustang et enfin, la beauté d’une relation entre un homme et un animal qui refusent tous deux d’être apprivoisés.

Le désert du Nevada est tantôt théâtre des horreurs, tantôt symbole de liberté, et le désespoir devient un tremplin vers une nouvelle forme d’espoir. Nevada (The Mustang) est une formidable œuvre sur la rédemption, sur une deuxième chance qu’un détenu ne demandait pas vraiment. Laure de Clermont-Tonnerre signe un premier film très intéressant, et j’ai plutôt hâte de la revoir derrière la caméra.

Une réflexion sur “Nevada, un long chemin vers une paix intérieure

  1. Ha enfin j’ai le temps de lire ton billet !
    Ce film est très bien. Ce double jeu sur l’apprivoisement du cheval et du détenu, une très belle photographie aussi, un propos très juste qui ne sombre pas dans le misérabilisme malgré sa lourdeur. En tant que cavalière (enfin plus trop maintenant), je dois dire que certaines scènes m’ont bluffée par leur capacité à rendre l’essence de l’univers équestre. Entre autre la scène de chevauchée dans le désert est super bien tournée.

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