Enola Holmes, pour revisiter la légende

Les Enquêtes d’Enola Holmes, écrit par Nancy Springer, a eu sa petite renommée dans le monde littéraire en réimaginant l’univers de Arthur Conan Doyle. C’est sans surprise que le cinéma s’est penché sur le phénomène, et plus précisément le duo Legendary Pictures et Warner Bros. Mais la crise sanitaire est passée par là et c’est finalement via Netflix que le film est distribué depuis le 23 septembre 2020.

Cadette de la famille, Enola Holmes (interprétée par Millie Bobby Brown) est restée vivre avec sa mère Eudoria (Helena Bonham Carter) pendant que Mycroft (Sam Claflin) et Sherlock Holmes (Henry Cavill) s’adonnent à leurs enquêtes. Soudainement, Eudoria disparaît et laisse seule Enola, provoquant le retour à la maison des deux grands frères qui découvrent à cette occasion que Enola n’a rien d’une « Lady », telle qu’ils l’imaginaient. Ils décident ainsi de l’envoyer en pensionnat pour lui apprendre les bonnes manières, mais elle s’échappe et mène sa propre enquête pour tenter de découvrir où est partie leur mère.

Photo by ALEX BAILEY – © 2020 Legendary

Déguisements et enquête

Il y a toujours une méfiance des fans lorsque l’on s’attaque à un mythe pour le renouveler et le réimaginer. Pourtant Nancy Springer a obtenue une jolie renommée dans le genre littéraire du « Young Adult » en imaginant dans une série de livres le personnage de Enola Holmes, cadette de Sherlock Holmes. Lui est déjà le populaire détective, elle est une adolescente qui rêve de faire le même métier. La série adapte le premier livre, qui abordait la disparition de leur mère, et se dote pour l’occasion d’un casting dans l’air du temps entre les populaires Millie Bobby Brown et Henry Cavill, ainsi que la présence de Sam Claflin qui tente de trouver sa voie depuis quelques années. Cette version de l’univers de Sherlock se veut plus novatrice, plus fraîche et sûrement plus adolescente : sans être péjoratif, cela implique une enquête survolée où la personnalité de Enola Holmes et ses exploits apparaissent plus importants que l’affaire elle-même. Amatrice de costumes, elle se distingue de son frère au sens où elle a plus tendance à se déguiser et s’infiltrer ici et là pour trouver des indices. Cette fonction résonne assez largement avec son histoire personnelle : on lui nie le droit de rêver d’un métier qui semble réservé à son frère, alors elle n’a d’autre choix que de se déguiser pour devenir détective. D’autant plus qu’avec la disparition de sa mère, rien ne la retient plus chez elle. Une mère qui lui permet d’ailleurs d’aborder des problématiques de son époque, notamment celle du droit de vote des femmes, ce qui apparaît comme une excellente idée tant ces questions permettent de dépoussiérer cet univers et l’emmener sur des thèmes qu’il n’abordait pas vraiment. Qui plus est avec une Millie Bobby Brown qui incarne avec beaucoup de de caractère un personnage bien écrit, dont l’appartenance au monde de Sherlock est évident tout en prenant garde à s’en distinguer pour apporter autre chose. Cet autre chose, c’est un élan de nouveauté apporté par le ton plus jeune, plus dynamique et peut-être un peu moins dramatique.

On y retrouve toutefois ce qui fait le sel de Sherlock Holmes, à commencer par la beauté de son univers et son ambiance si particulière. Fondamentalement attachés à l’image très « british » que renvoie le fameux héros, les créateurs du film la reproduisent avec beaucoup de justesse en accordant un soin évident aux décors et aux costumes. Plongés dans une autre époque, on est admiratifs de cette mise en scène qui profite allègrement de cette fin du 19ème siècle entre la beauté de la campagne britannique, dans une demeure bourgeoise, et la saleté d’une ville de Londres marquée par l’industrialisation de l’époque victorienne. À cela on ajoute un art du dialogue qui rend un bel hommage à Arthur Conan Doyle, avec des échanges savoureux entre les personnages. Évidemment l’accent anglais y joue un rôle clé tant Millie Bobby Brown et ses partenaires incarnent cet imaginaire britannique entre les tenues et leur manière de parler. Mais c’est grâce à son écriture que Enola Holmes brille et nous fait passer un moment tout à fait charmant.

Photo by ALEX BAILEY – © 2020 Legendary

Une réinvention sommaire

On aurait pu toutefois en demander un peu plus tant Enola Holmes garde une approche assez classique de l’enquête Trop gentillet, trop facile, on se demande pourquoi le film n’a pas recherché un peu plus de folie et d’ambition. Quitte à réinventer l’univers de Sherlock Holmes, il aurait été intéressant d’aller plus loin et d’insuffler une nouvelle dynamique. D’autant plus que je reste sur ma faim en matière de réalisation avec un film qui se repose vite sur ses acquis sans jamais chercher à raconter quoique ce soit via la mise en scène. Le film semble même manquer de confiance en ses spectateurs en les prenant sans cesse par la main : les nombreux regards caméra pour briser le 4ème mur viennent nous expliciter chaque détail du raisonnement ou des actions d’Enola Holmes, à tel point que cela devient vite lourdingue. Surtout que cela fait vite doublon avec la voix-off de l’actrice qui narre les aventures de son personnage comme la plupart des films type « adolescent » de ces dernières années.

Enola Holmes manque certainement d’idées pour assumer pleinement sa réinvention de l’univers de Sherlock Holmes. Trop classique malgré ses airs adolescents, l’intrigue peine à surprendre. Le film n’en reste pas moins agréable à suivre grâce à Millie Bobby Brown, tout à fait pertinente dans le rôle, bien épaulée par des dialogues qui font mouche et une histoire rythmée malgré ses ficelles toujours très grosses.

Une réflexion sur “Enola Holmes, pour revisiter la légende

  1. J’ai vu ce film ! (Fait assez rare pour être souligné, quand je commente une critique sur ton blog). Bref. Comme je l’avais dit sur discord, j’ai eu énormément de mal à rentrer dans ce film. C’est très personnel, mais je ne suis pas friande des œuvres « adolescentes » qui ne proposent pas plus que cela un double-sens de lecture disons plus mature. Pour rejoindre la fin de ta critique, j’ai effectivement trouvé le début assez lourdingue, tant au niveau de la mise en scène que de certains personnages caricaturaux. Ceci étant dit, je ne regrette pas de lui avoir accordé la chance de le regarder jusqu’à la fin, car, en effet, il faut savoir se détacher de Conan Doyle pour apprécier la relecture, d’autant qu’il y a au final certaines scènes et thématiques intéressantes. Mais dans tous les cas, je vais sans doute très rapidement oublier Enola Holmes.

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