Dans un jardin qu’on dirait éternel, une bienveillante transmission

Sorti fin août dans nos salles, Dans un jardin qu’on dirait éternel est l’un de ces films qu’il fait bon regarder ces temps-ci. Paisible, bienveillant et porté par de fabuleuses actrices, le film de Tatsushi Omori conte une histoire de transmission autour de la cérémonie du thé au Japon. C’est aussi et surtout l’un des derniers rôles de la grande Kirin Kiki avant son décès fin 2018, une actrice bien connue des fans du cinéma de Hirokazu Kore-eda.

Noriko (jouée par Haru Kuroki) et sa cousine Michiko (Mikako Tabe) font la rencontre de Madame Takeda (interprétée par Kirin Kiki), une femme qui leur dispense un enseignement sur la cérémonie du thé. En sa compagnie, les saisons passent et elles apprennent peu à peu à maîtriser les gestes de cet héritage culturel qu’elles prennent plaisir à découvrir. C’est aussi pour les deux jeunes femmes un moyen de se recentrer et en apprendre plus sur elles-mêmes.

© 2018 ”Every Day a Good Day” Production Committee

L’héritage culturel

Dans un jardin qu’on dirait éternel est une histoire de transmission, d’héritage, où une femme fait subsister son art en le transmettant à la jeune génération. La cérémonie du thé attise la curiosité par son côté ancestral et codifié, une curiosité incarnée par les deux jeunes femmes, Michiko et Noriko, qui viennent là au départ sans trop se sentir à leur place. Mais ce que le film raconte c’est l’importance de cet héritage culturel pour fonder leur identité, trouver qui elles sont et ce qui les motive à avancer. A certains égards, les thématiques du film rappellent celles de The Perfect Candidate, au sens où le récit se focalise sur cette recherche d’une identité culturelle qui paraît initialement désuète. Et c’est fait avec le même amour pour la culture racontée, d’autant plus que le film couvre plusieurs époques, sur une dizaine d’années, pour narrer l’évolution de deux vies révélés par l’apprentissage de tout le cérémonial autour du thé. Si Michiko et Noriko vont toutes les deux suivre deux voies différentes, elles ont en commun de voir leur destin révélé par une introspection motivée par les paisibles enseignements de Madame Takeda. Il y a d’ailleurs quelque chose de bienveillant dans sa manière de traiter ses élèves : bien qu’elle reste exigeante, elle n’en perd pas moins son sens de l’humour et son affection pour deux femmes qui ont tout à apprendre à ses côtés. Et on peut se le dire, cette vision de l’enseignement fait énormément de bien.

Paisible, calme, le film nous emmène dans un monde de silence et de douceur où le plaisir se partage autour de la transmission d’un art, sans souffrir de jugement. Ses personnages captivent et leurs échanges sont une mine de bonheur malgré les enjeux conséquents en arrière-plan, puisque les deux jeunes femmes ne trouvent pas leur place dans la société. Ces cours donnés sur le thé leur permettent aussi de se vider les idées et c’est quelque chose que Tatsushi Omori met très justement en scène dans la petite pièce de la maison où le personnage de Kirin Kiki dispense ses enseignements. L’espace clos et presque vide s’oppose à la densité et la précision des gestes enseignés, aux multiples détails dont ils sont pourvus, avec une enseignante qui reprend ses élèves sur le moindre geste incertain. Le cinéaste utilise pleinement ces moments pour y mettre une touche de tendresse, que ce soit par la musique ou des plans sur des sourires furtifs, afin de désacraliser l’enseignement. Pas pour lui faire perdre le moindre intérêt, mais plutôt pour insister sur l’idée de transmission plutôt que d’enseignement par la sanction : le réalisateur nous raconte grâce à sa mise en scène l’échange des trois femmes autour d’un héritage culturel, qui sert de fondation à leur identité et qui leur permet de s’affirmer dans des vies très différentes.

© 2018 ”Every Day a Good Day” Production Committee

La paix intérieure

Et cette transmission est un peu plus bouleversant à l’instant où l’on réalise qu’il s’agit de l’un des derniers films de Kirin Kiki. Décédée fin 2018, elle jouait là un rôle qui reste à l’image de sa carrière et de sa personnalité, pleine de bienveillance et de générosité avec la jeune génération. De la même manière que le personnage qu’elle incarne, elle leur transmet son art et son héritage en livrant une prestation d’une douceur infinie qui ne donne qu’une envie : la redécouvrir dans ses nombreux grands rôles. Je pense évidemment à ses rôles pour les films de Hirokazu Kore-eda, où elle a toujours su donner le meilleur d’elle-même pour les acteurs et actrices qui l’accompagnaient. Je pense qu’elle est une des plus grandes actrices japonaises, et ce dernier film est lourd de sens pour elle et sa carrière.

Bienveillance, c’est le mot qui ressort après une séance en compagnie de Kirin Kiki dans ce film de Tatsushi Omori. Dans un jardin qu’on dirait éternel est une œuvre qui ne renie jamais à faire preuve de douceur et de sympathie. Le réalisateur y raconte le dévouement d’une femme à son art, prenant le temps de transmettre une forme d’héritage culturel à deux jeunes femmes qui recherchent cette identité pour se trouver et s’affirmer. C’est un moment très doux que seul le cinéma peut offrir.

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