Kate, action régressive

Après une longue carrière dans les effets spéciaux, notamment sur de nombreux films de Gore Verbinski, le cinéaste Français Cédric Nicolas-Troyan faisait de grands débuts en tant que réalisateur à Hollywood avec Le Chasseur et la Reine de Glaces en 2016. Loin d’avoir marqué les esprits, il revient cette fois-ci du côté de Netflix avec un film original, Kate, avec Mary Elizabeth Winstead en rôle principal.

« Minutieuse et prodigieusement douée, Kate est l’exemple même de la machine à tuer parfaitement rodée et au sommet de son art. Mais voilà qu’un jour elle échoue à éliminer sa cible, un yakuza à Tokyo. Elle découvre alors qu’elle a été empoisonnée et va subir une exécution par mort lente qui lui laisse moins de 24 heures pour se venger de ses assassins. Tandis que son corps se délabre à vitesse grand V, Kate se lie d’amitié avec la fille de l’une de ses anciennes victimes. » (Netflix)

© 2021 Netflix

Perte de repères

Les références de Kate sont nombreuses. Si John Wick est le premier film qui nous vient en tête face à ces scènes d’action stylisées sur fond de néons, ces films-là trouvent en réalité leur inspiration du côté du cinéma d’action asiatique, du sud-est notamment, avec sa caméra constamment en mouvement, ses affrontements ultraviolents (et souvent franchement over the top) et plus généralement, cette impression que le danger se trouve à chaque coin de rue. Convaincante, Mary Elizabeth Winstead joue ce rôle d’assassine aux tendances de grande sœur pour une gamine prise dans les crimes de sa famille. Sans grands éclats, l’histoire de Kate se laisse suivre, avec une narration plutôt bien menée autour d’une nuit de vengeance, amenant son héroïne de scène en scène à la manière d’un jeu vidéo et de sa succession de niveaux, accompagné par une bande son à base de BAND-MAID. Le film ne révolutionne pas le genre, s’inspire des œuvres sorties avant, mais l’ensemble fonctionne suffisamment bien pour donner envie d’aller au bout et d’en ressortir, pour l’essentiel, avec un bon souvenir.

Néanmoins le film souffre de sa vision du Japon : sa folie, ses néons, ses gangsters bêtes et méchants, ses trucs mignons (comme le t-shirt de l’héroïne, introduit de manière un peu grotesque) et sa J-pop. Mais n’y a-t-il pas des choses à dire sur cette manière, pour nombreux·euses occidentaux·ales de fantasmer le Japon et sa culture populaire ? L’intention du film n’est probablement pas mauvaise, néanmoins il y a une certaine facilité à se lancer dans un tel récit, qui emprunte énormément au cinéma asiatique, en y calant un ton pourtant foncièrement occidental, avec des problématiques et un esprit parfois limite, comme le personnage incarné par Miku Martineau qui nous donne l’impression d’être revenu vingt ans en arrière, avec le personnage de Ryoko Hirosue dans Wasabi. Certes, un autre personnage vient tacler de manière assez savoureuse l’appropriation de la culture Japonaise par les occidentaux. Mais il est difficile de reconnaître la sincérité du discours au terme d’un film qui aligne les clichés comme personne et qui tend à surfer sur la vague d’une culture Japonaise fantasmée au travers du spectre cyberpunk (qui alimente allègrement la photo du film), faisant du discours une sorte de caution qui lui permet d’échapper à des critiques.

© 2021 Netflix

Vengeance cyberpunk

Avec son esthétique aux couleurs saturées, chargée en néons et sur des nuances de violet, le film donne parfois l’impression de sortir tout droit d’une de ces inlassables publications de l’un·e des nombreux·euses photographes amateur·rice·s qui passent par Tokyo et semblent vouloir surprendre leur public avec une énième photo ultra-retouchée à base de nuit, de pluie et de néons dans une rue de la capitale japonaise. Je suis probablement un peu méchant, mais c’est ce qu’inspire un film qui surfe encore et toujours sur une vision du Japon que l’on aimerait parfois voir remise en cause tant elle n’apporte plus grand chose. Un imaginaire collectif qui a la vie dure, qui pourtant a quelques moments d’éclats quand la photographie convoque à sa manière Ghost in the Shell. On sent sur le plan visuel, par ailleurs, que Cédric Nicolas-Troyan verse avant tout dans les effets spéciaux, avec notamment une course poursuite en voiture plutôt inspirée dans les premières minutes du film.

Ni très fin ni original, Kate a au moins le bénéfice de son rythme pour nous garder en haleine jusqu’à sa conclusion. On aurait aimé qu’il soit moins facile, qu’il évite certains écueils, mais son réalisateur Cédric Nicolas-Troyan va à fond dans un imaginaire sur lequel il n’y a plus grand chose à dire tant il est éculé. Mary Elizabeth Winstead, quant à elle, survole tout ça et constitue probablement le meilleur argument du film tant elle semble s’amuser dans ce rôle d’assassine en quête de vengeance.

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