Tout au bout du quartier, coup d’œil sur une carrière

Je découvrais récemment Panda Detective Agency, une œuvre surprenante qui montrait l’habileté avec laquelle son auteur Sawae Pump savait manier le genre fourre-tout de la « tranche de vie ». Un genre qui revient souvent sur la table, pour décrire des histoires du quotidien, des petites choses aux impacts parfois anodins, mais qui racontent des choses parfois intéressantes sur les personnages mis en scène ou la société dans laquelle ils·elles évoluent. Cette fois-ci, c’est Tout au bout du quartier, un recueil d’histoires courtes qui permet de revenir sur la carrière de l’auteur.

Critique écrite suite à l’envoi d’un exemplaire par l’éditeur.

Tranches de confort

C’est sur une période de dix années que s’étendent ces histoires courtes, d’une simple page à une poignée de pages, où Sawae Pump raconte des détails, des anecdotes de vies bien différentes, inspirées plus ou moins par le monde qui l’entoure. Du moins bon au plus malin, l’auteur navigue entre les genres avec une facilité déconcertante, reprenant des thématiques régulières telles que la solitude, au travers de personnages qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. Surtout, il étonne par sa capacité à installer des univers radicalement différents en deux cases, avec ou sans dialogue, et ce malgré des dessins souvent simplistes, mais toujours chargés en émotion, permettant d’observer la progression du mangaka. Alors il faut être honnête, la qualité de ces histoires est extrêmement variable, mais il parvient à créer un univers, comme s’il y avait finalement une justification au rassemblement de toutes ces histoires dans un recueil au-delà du coup d’œil sur ses dix premières années d’expérimentation, comme si toutes ces histoires formaient un « tout » qui se déroule au coin d’un quartier un peu improbable.

Mais s’il faut retenir un moment de ce recueil, ce serait certainement son Saikon Quest, une histoire en un chapitre où Sawae Pump raconte le deuil traversé par un enfant, qui a perdu son père, au travers d’un pastiche du jeu vidéo Dragon Quest. Un récit évidemment savoureux pour une personne qui, comme moi, adore profondément cette série de jeux vidéo (dont je parlais, émerveillé par son cinquième épisode, sur Pod’culture), mais aussi une astuce intelligente pour placer une métaphore sur le deuil autour d’une vie singeant le jeu vidéo, dans l’imaginaire d’un petit garçon qui partageait cette passion avec son père. Une histoire de reconstruction et d’acceptation face à la nouvelle vie de sa mère, qui a également besoin de revivre. Cette histoire, qui arrive sur la fin du recueil, apparaît comme l’aboutissement de dix années de travail, avec un coup de crayon qui s’affirme, qui devient plus précis, et une narration menée sans encombre, avec finesse et sensibilité.

© 2020 by SAWAE PUMP. All rights reserved. Original Japanese edition published in 2020 by LEED PUBLISHING Co, LTD.

Thématiques et irrégularité

De manière générale on sent l’intérêt de Sawae Pump pour des thématiques régulières, notamment autour du quotidien : les détails, les petites choses qui prennent des proportions inimaginables alors qu’elles semblent initialement inoffensives. On ne va pas se cacher, il y a beaucoup d’histoires courtes presque inintéressantes, mal racontées et aux dessins pas bien réussis, qui ne sont que de vagues idées jetées ici et là par l’auteur sans qu’il ne semble vraiment y croire. Mais ce recueil relève de l’exploration d’un artiste qui se cherche, avec tout ce que cela implique d’expérimentations, et c’est finalement une œuvre captivante pour les personnes qui s’intéressent à ce qui motive le processus créatif, aux inspirations qui mènent aux histoires, et sur la capacité de chacun·e à évoluer en partant, pourtant, d’assez loin.

Irrégulier mais pétri de bonnes intentions, ce recueil d’histoires courtes de Sawae Pump est à l’image de son œuvre générale : généreux, sensible et malin. On reste parfois médusé face à des idées jetées sur un coin de page sans trop savoir quoi en dire, puis d’autres fois on se laisse souffler par l’inventivité d’un récit inattendu qui, en une page ou deux, pose un nouvel univers fantastique et parvient à émouvoir. Une œuvre éclectique qu’il est, finalement, bien difficile de définir.

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