Doctor Strange in the Multiverse of Madness, l’âme en peine

Le cinéma de Sam Raimi est intimement lié à l’univers Marvel après son travail, vénéré par bon nombre de fans, sur Spider-Man au début des années 2000. L’annonce de son retour sur un film de super-héros de la « Maison des idées » a déclenché beaucoup de curiosité, d’autant plus qu’il était annoncé assez tôt que celui-ci aurait un ton différent de ce que l’on voit habituellement au sein du MCU. Et force est de constater que le pari est réussi : Doctor Strange in the Multiverse of Madness apparaît comme une vraie curiosité au sein des productions Marvel Studios.

« Dans ce nouveau film Marvel Studios, l’univers cinématographique Marvel déverrouille et repousse les limites du multivers encore plus loin. Voyagez dans l’inconnu avec Doctor Strange, qui avec l’aide d’anciens et de nouveaux alliés mystiques, traverse les réalités hallucinantes et dangereuses du multivers pour affronter un nouvel adversaire mystérieux. » (Disney France)

© 2022 Marvel Studios

Une paix introuvable

Après son apparition dans Spider-Man : No Way Home, le Doctor Strange de Benedict Cumberbatch refait surface alors qu’il est victime d’un étranger cauchemar, où il fait la rencontre d’une certaine America Chavez, une jeune femme poursuivie par un démon. Rapidement, il apprend qu’il s’agissait en réalité d’une vision du multivers, un événement qui est intervenu dans un autre univers, à un autre Doctor Strange. Déjà bien installée au sein du MCU, notamment via le dernier Spider-Man, la notion de multivers est centrale dans l’univers Marvel, tant pour les grandes batailles qui en découlent que pour la facilité de l’exploiter pour raconter librement des histoires qui n’ont pas de conséquence les unes sur les autres. Mais Sam Raimi a la finesse de ne pas aller chercher ces grandes batailles, ces grandes considérations qui lanceraient le film dans un grand tout qui le dépasse. En réalité, son utilisation du multivers est très intime, très personnelle, focalisée à la fois sur le personnage de Doctor Strange mais aussi sur celui de Scarlet Witch, elle qui, depuis les événements de la série WandaVision, tente de vivre avec le deuil de la perte de Vision. La quête devient mystique, avec une touche de sorcellerie et d’horreur, pour offrir à ces deux personnages plus de force et d’audace que jamais au sein d’un univers qui leur a paradoxalement laissé assez peu de place au cinéma jusqu’à maintenant.

L’interprétation géniale du personnage de Scarlet Witch par Elizabeth Olsen n’y est pas pour rien, profitant pleinement d’une caractérisation qui continue la quête entreprise par la série WandaVision pour donner au personnage une stature à la hauteur de ce qu’elle est dans les comics. Puissante, ambiguë, à la fine limite entre bien et mal, la Wanda de Marvel Studios est enfin un personnage à part, pas un simple rôle-fonction qui servait le plus souvent de faire valoir dans des films qui ne la faisaient exister qu’au travers de ses pouvoirs quand cela était utile à l’avancée du récit. La thématique du deuil, inhérente au personnage, est évidemment omniprésente, mais aussi celles de la rédemption et de la peur, tandis que Doctor Strange gagne en épaisseur quand il est confronté à ses propres démons et ses erreurs. De manière globale, c’est un film qui a beaucoup d’ambition narrative, récupérant beaucoup d’éléments de l’univers Marvel (notamment autour du mysticisme et des sorcières) pour les sublimer et les inclure à un univers cinématographique qui avait, jusqu’à WandaVision, complètement oublié cette dimension. On sent l’amour de Sam Raimi pour les comics Marvel, une chose qu’on ne peut pas lui retirer, y compris pour moi qui n’avait jamais été un amateur de son interprétation de Spider-Man à l’époque. Mais il faut bien avouer qu’il aime manipuler cet univers, s’en nourrir et le façonner à sa manière, avec des choix parfois osés, mais qui paient bien dans cette réinterprétation de Strange.

© 2022 Marvel Studios

L’horreur a un nom

Parce que Raimi ne se contente pas simplement de réécrire ces personnages, il se permet aussi de surprendre sur une mise en scène très inspirée des codes horrifiques. De l’hommage visuel à Carrie en passant par l’imaginaire des sorcières, avant de finir sur une pointe de jump scares, Sam Raimi multiplie les idées pour pousser ses personnages dans l’abyme d’âmes en peine, dans une véritable quête intérieure sur un ton plus violent et effrayant que Marvel ne nous a habitué·e·s au cinéma. A ce titre, il s’agit probablement du premier film du MCU qui est difficile à conseiller aux plus jeunes, le cinéaste n’hésitant pas à se couper d’un public pourtant très friand de cet univers-là. Pourtant, il y met une bonne dose de fanservice en montrant de nouveaux personnages, souvent inattendus, qui sont découverts à des moments clés du film, avec même de belles surprises. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé le choix de donner une telle place à America Chavez qui, dès les premiers instants du film, occupe un rôle fondamental, avec en prime une belle interprétation de Xochitl Gomez.

La mise en scène horrifique de Doctor Strange in the Multiverse of Madness est sa principale réussite, offrant enfin à Strange et Scarlet Witch un univers dans lequel ces personnages font sens, très inspiré de quelques comics auxquels Sam Raimi déclare son amour. Plus faible dans sa première moitié, très classique, le film gagne en intensité à mesure que ses héro·ïne·s découvrent le multivers et ses implications, jusqu’à un grand final en apothéose qui profite d’une bande-originale plutôt solide de Danny Elfman.

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