Spider-Man : No Way Home, une dernière étape

Bien longtemps attendu, Spider-Man : No Way Home a fait l’objet de nombreuses spéculations sur ce qu’il allait, ou devait, raconter. A la fois relance d’un univers cinématographique qui a connu une conclusion avec Avengers Endgame, et ouverture sur de nouvelles possibilités avec un multivers qui s’annonce depuis plusieurs films, le dernier épisode de la trilogie imaginée par Jon Watts avait de grandes responsabilités. Est-il à la hauteur ? Une question aux réponses multiples, que je vais tenter d’apporter ici dans une critique que j’ai volontairement repoussé, voulant dépasser la folie de la hype initiale pour se poser et prendre un peu de recul. Attention, la critique contient de nombreux spoilers.

« Pour la première fois dans l’histoire cinématographique de Spider-Man, l’identité du héros sympa du quartier est révélée, et ses responsabilités de super héros entrent en conflit avec sa vie privée, mettant ainsi en danger ses proches. Quand il demande de l’aide à Doctor Strange pour rétablir les choses et garder son secret, le sort ouvre une brèche dans leur monde, libérant les méchants les plus puissants ayant jamais combattu un Spider-Man dans tous les univers confondus. A présent, Peter va devoir affronter son plus grand défi, qui altèrera non seulement son futur, mais aussi celui du multivers. » (Sony Pictures France)

© 2021 Sony Pictures

De véritables responsabilités

A la fin de Far From Home, Peter Parker voit son identité révélée au monde entier par Mysterio, le vilain qu’il vient juste de battre. L’occasion d’y distiller une pointe de fanservice avec le retour de J.K. Simmons dans le rôle de J. Jonah Jameson (qu’il a interprété dans la trilogie de Sam Raimi), mais aussi une manière d’enclencher de nouveaux enjeux pour un Spider-Man qui, pour le moment, restait englué dans son rôle « d’araignée sympa du quartier ». On découvre alors, au début de No Way Home, un personnage qui vit dans l’urgence et le chaos, harcelé par le monde qui l’entoure et tentant péniblement de protéger sa tante May, MJ et son meilleur ami Ned. On sent arriver la dernière étape du récit initiatique de Jon Watts, avec un film en goût de conclusion à une trilogie de teen movies qui ont permis de replacer le personnage de Peter Parker dans une adolescence que l’on aimait parfois lire dans les comics mais qui n’avait jamais été vue dans ses adaptations cinématographiques. Et c’est sur cette volonté que joue le film, en allant irrémédiablement vers un événement qui sera irréparable, incarné évidemment en partie par l’arrivée des autres Spider-Man qui a longtemps été suggérée dans la presse. Cette arrivée d’une sorte de multivers, avec les retours de Tobey Maguire et Andrew Garfield (et leurs Spider-Man respectifs), ainsi que les méchants qu’ils avaient combattus (Otto Octavius, Osborn, Electro…), au-delà du fanservice, vise aussi à faire grandir le Spidey de Tom Holland. Et c’est ce que j’ai aimé dans cette conclusion : si les deux premiers films de Jon Watts racontaient l’émergence d’un Spidey adolescent, le troisième constitue une dernière étape où le personnage grandit enfin, assume ses responsabilités et devient le Spider-Man que tout le monde connaît et qui a bercé des générations. Et ce, en réinventant le traumatisme originel qui a créé le personnage, mais aussi en lui donnant comme appui deux mentors, dans une succession de scènes tragiques qui sont souvent plutôt réussies.

Si la dynamique du groupe de Peter, Ned et MJ fonctionne toujours de la même manière, elle finit par être touchée par un drame qui attise la curiosité pour l’avenir, Peter faisant le choix de s’éloigner de la femme qu’il aime et de son meilleur ami pour les protéger. Un choix bouleversant, à la fin du film, qui permet enfin à ce Spider-Man à qui l’on a souvent reproché l’irresponsabilité, d’assumer enfin la mantra que lui suggère ici sa Tante May : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». De manière générale, le film déborde de l’amour porté à la fois par le cinéaste pour tous ces personnages, mais aussi celui des acteur·ice·s qui incarnent ces rôles avec lesquels ils·elles ont probablement grandis. Zendaya est toujours impeccable dans son rôle de MJ, qu’elle réinvente sans la dénaturer, tandis que Andrew Garfield est particulièrement émouvant, alors que Tom Holland gagne en maturité dans sa manière d’aborder le personnage. On peut regretter tout de même que la trilogie n’ai jamais laissé le temps à Marisa Tomei de faire un peu plus avec son rôle de Tante May, alors qu’elle l’incarnait avec d’excellentes idées. Notons quand même que cet ultime film (en attendant une nouvelle trilogie ?) lui permet d’avoir un rôle plus central et décisif, quitte à ce que cela passe par une mort qui en fait le moment charnière où Spidey prend conscience de ce qu’il est et ce qu’il doit devenir.

© 2021 Sony Pictures

Un jour nouveau

Souvent emmerdé avec sa caméra, Jon Watts échoue plus que jamais à mettre en valeur la multitude de personnages qu’il a à sa disposition, notamment dans les scènes d’action. S’il y a bien quelques moments d’éclats, comme la rédemption du Spider-Man de Andrew Garfield qui, en une poignée de secondes lui permet de trouver une forme de paix, le reste du film n’est visuellement pas glorieux. Il y a toujours une forme de contraste avec Jon Watts, car il n’est pas un grand cinéaste, mais il ne cesse de me convaincre pour l’amour qu’il donne aux personnages, me rappelant ce que je ressens moi-même pour cet univers de Spidey avec lequel j’ai grandi. Malgré ses errements, notamment en matière de photo, le film parvient à apporter une intensité dramatique qu’il manquait parfois aux deux premiers, tout en offrant un final déchirant qui laisse espérer de bien belles choses pour la suite. Notons d’ailleurs la musique qui fait plutôt bien son office dans une mise en scène qui, à défaut de régaler les yeux, parvient à utiliser habilement cet amour clamé scène après scène par le cinéaste et les acteur·ice·s.

Dans mon petit coeur de fan des comics Spider-Man, et malgré les nombreux reproches que l’on peut faire à Jon Watts sur la réalisation, cette conclusion offre une belle sortie au Spidey adolescent, avant de l’emmener vers la maturité et l’image que de nombreuses générations de fans ont en tête en pensant à l’homme-araignée. J’y retrouve la douceur, la sincérité et le dévouement d’un héros tout à fait à part, porté par un Tom Holland qui a grandi avec le personnage et qui l’emmène enfin vers de nouveaux horizons.

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