Mustang, une ode à la liberté

Dans la Turquie profonde au sein d’une famille conservatrice, Lale, Sonay, Selma, Ece et Nur, cinq sœurs rêveuses et pleines de joie de vivre se heurtent à une éducation traditionaliste de la part de leur famille. La réalisatrice Deniz Gamze Ergüven met en exergue dans Mustang l’opposition entre le désir de liberté d’une jeunesse turque, face à des traditions qui ne laissent pas beaucoup de liberté aux femmes.

C’est l’été et comme tous les jeunes sur les bords de la Mer Noire les cinq sœurs vont à la plage. D’un innocent moment de jeu à la mer, les sœurs vont se retrouver à vivre un véritable cauchemar. Elles sont dénoncées par une voisine qui les a vues se comporter de manière indécente (hum…) avec des hommes ; s’en est trop pour leur grand-mère et leur oncle qui les élèvent depuis la mort de leurs parents, ils estiment qu’elles ont été souillées en faisant l’affront de monter sur les épaules des garçons. Aux grands maux (hum…) les grands remèdes, elles sont désormais interdites d’école. A partir de maintenant elles devront devenir de vraies femmes bonnes à marier : ménage, cuisine, couture et soumission.

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Ni Dieu ni maître

C’est dans ce rapport à la religion et aux traditions que se heurtent ces jeunes filles qui aspirent à vivre leur jeunesse comme toutes les femmes de la ville. Candides, elles rêvent de shopping et de sorties entre amies. Désabusées, elles vont découvrir le sort qui les attend. Conformément aux coutumes locales elles doivent se cacher, ne pas parler aux garçons et surtout, rester vierge. Contrairement à ce que leur famille attend d’elles, elles ne vont pas se laisser faire et vont se rebeller, dans l’espoir de vivre comme elles le souhaitent.

Elles n’abandonnent jamais le combat. Entre des leçons de couture et de cuisine, elles rivalisent d’ingéniosité pour s’échapper et s’amuser avec le peu qu’elles possèdent. Aux insultes et à l’enfermement, elles répondent par leur joie de vivre et leur dignité. Si elles sont victimes de leur famille, elles ne les méprisent pas vraiment et ont une certaine forme de tendresse pour leur grand-mère.
La plus jeune des sœurs, Lale, se pose en véritable leader de la fratrie. Elle est courageuse et insouciante, elle est l’élément qui soude les sœurs et les pousse à ne jamais renoncer à vivre. Elle est attachée à cette fratrie où la solidarité est omniprésente, où chacune des sœurs peut compter sur les autres lorsqu’elle est mal en point.
Les sœurs vont défier chaque jour cette condition de vie qui leur est imposée. Par exemple à l’occasion d’un match de football, sport pratiqué et regardé essentiellement par des hommes. En effet, le film s’inspirant d’un événement ayant eu lieu en 2011, la réalisatrice envoie ses héroïnes dans un stade de football, entre filles, afin de pratiquer une activité qu’elles n’auraient jamais du connaître. Un énième affront pour la famille, mais surtout une victoire pour la liberté des sœurs.

You don’t own me

Dans ce film franco-turc, la réalisatrice (de son propre aveu) s’attache à dénoncer la société patriarcale dans laquelle la Turquie s’est enlisée au fil des années depuis l’arrivée au pouvoir du parti AKP (Erdogan). D’un pays laïque et ouvert, où les femmes avaient le droit de vote, s’habillaient comme elles le souhaitaient et où l’IVG était un droit, la Turquie est devenue sous couvert de traditionalisme une société où la femme a relativement peu de place pour s’exprimer et pour vivre libre.

« Je voulais raconter ce que cela représente d’être une femme aujourd’hui en Turquie. Le pays a toujours été partagé entre deux courants, l’un progressiste, l’autre rétrograde, mais depuis quelques années le second s’impose. Chaque semaine, des types de l’AKP font des déclarations odieuses sur les femmes, qui contribuent à polluer les esprits. Ils nous obligent à nous cacher, à nous taire, à avoir honte »
— Deniz Gamze Ergüven, déclaration pour Les Inrocks

Ainsi au-delà de la fiction, la réalisatrice a souhaité interpeller en montrant la condition de la femme en Turquie. Et avec quel succès !
Au contraire d’un Virgin Suicides qui se contente de nous abattre par son pessimisme, Mustang nous montre des jeunes filles pleines d’espoir et de combativité, elles refusent la passivité (à l’image de Lale) et font tout leur possible pour améliorer leur condition. Bien que le film offre son lot de scènes dramatiques, on ne peut s’empêcher de sourire et de souhaiter tout le bonheur du monde à ces jeunes filles. L’attachement aux personnages vient probablement de la performance des actrices qui, malgré leur jeune âge, sont extrêmement crédibles dans leurs rôles, si bien qu’on peut aisément croire qu’elles sont réellement soeurs. On ressent tout au long du film ce lien qui les unit au travers de scènes fantastiques comme celle où, un après-midi, elles s’allongent toutes ensembles près du lit (dont est issue la photo en tête d’article).

Il est difficile pour moi de critiquer le film ; s’il a probablement des défauts, j’ai été enchanté par ce récit malgré une fin en deçà du reste. Au-delà de la première impression principalement orientée vers une simple critique de la société turque, on est comme happé par le récit et on se plait à voir évoluer des personnages touchants et sincères. C’est une belle histoire, comme un conte, qui nous invite à voyager sur les côtes turques au milieu d’une fratrie prête à tout pour sa liberté. Les paysages sont magnifiques et on est tiraillé entre l’émerveillement, et l’oppression dont tentent de s’émanciper les jeunes héroïnes. C’est un véritable coup de cœur.

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