Loving, une histoire d’amour pour changer l’histoire

La célèbre décision de la Cour suprême des Etats-Unis « Loving v. Virginia » rendue en 1967 a marqué l’histoire. Celle-ci venait se prononcer sur les lois interdisant le mariage entre personnes de couleurs différentes dans les Etats américains, et ce dans un contexte ségrégationniste. Avec le film Loving, le réalisateur Jeff Nichols s’intéresse à cette histoire et plus particulièrement au couple à l’origine de l’affaire.

Mildred Jeter (Ruth Negga), une femme noire, et Richard Perry Loving (Joel Edgerton), un homme blanc, décident de se marier dans le district de Columbia, ville voisine de l’Etat de Virginie où ils vivent. La raison de ce déplacement à l’occasion du mariage est simple : la Virginie est un des Etats américains ségrégationnistes qui prohibent le mariage entre deux personnes de couleur différente. A leur retour, ils sont dénoncés et se retrouvent arrêtés et inculpés pour avoir violé cette loi en allant se marier dans un Etat voisin.

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Dont Be a Fool

Le double sens du nom que porte cette affaire (Loving v. Virginia, qu’on pourrait traduire simplement par « l’amour contre l’Etat de Virginie ») est un point central pour le film : c’est une histoire d’amour qui va porter une discrimination inadmissible jusqu’à l’attention des juges suprêmes. Mais sur le chemin, les époux vont rencontrer de nombreux obstacles. Les autorités de Virginie refusent effectivement d’entendre raison et restent attachés à leurs lois ségrégationnistes, refusant aux Loving un droit fondamental : celui de s’aimer, sur leurs terres d’origine. Un compromis sera trouvé avec un juge local et leur évitera la prison, celui de partir vivre dans un autre Etat pendant 25 ans. Mais eux refusent de se laisser faire et veulent revenir vivre auprès de leurs familles respectives.
C’est ainsi qu’ils vont obtenir l’aide de ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) une association de défense des droits de l’Homme (qui a d’ailleurs fait parler d’elles très récemment aux Etats-Unis) dont l’objectif est de se servir de cette affaire comme d’un tremplin vers une remise en cause totale de la loi ici appliquée par l’Etat de Virginie. Jeff Nichols s’intéresse donc à une affaire très spécifique du combat contre la ségrégation, bien loin des affaires qui ont été plus médiatisées et racontées au fil du temps. Le cinéaste montre ici un couple « quelconque », dont les personnalités sont inconnues du grand public et qui ont pourtant été des figures importantes de la lutte pour les droits civiques : leur revendication était celle d’avoir le droit de s’aimer.

Pour autant Loving ne se concentre pas vraiment sur la procédure juridique : menée par deux avocats relativement discrets, elle est assez vite expédiée en toile de fond et c’est avant tout l’histoire d’amour qui unit les « Loving » qui intéresse le réalisateur. On voit ces deux personnes traverser les différentes épreuves qui se mettent face à eux : arrestation, détention, regard des autres et justice qui s’en tient à des principes inhumains. Plutôt qu’un film juridique, Loving est une histoire d’amour incroyable où les deux époux ont soulevé des montagnes pour avoir le simple droit de vivre ensemble. On leur a souvent fait comprendre qu’il suffirait de se séparer pour qu’ils puissent chacun avoir une vie paisible, mais ils ont fait le choix de rester ensemble et d’affronter tous les obstacles qui se dresseraient sur leur chemin, quand bien même cet obstacle serait ni plus ni moins que les autorités américaine.
Chaque scène filmée par Jeff Nichols n’a qu’un objectif : montrer l’authenticité de cette relation, sa simplicité, l’amour qui porte deux êtres vers un futur incertain, mais ensemble. Le spectateur est pris par la main jusqu’à un dénouement prévisible mais forcément émouvant, tant les acteurs ont su s’imprégner de leurs personnages et nous offrir des prestations fabuleuses. Bien que je retienne surtout Ruth Negga. En effet, celle qui est nommée dans la catégorie meilleure actrice aux Oscars 2017 pour ce rôle (et je vois mal comment la récompense pourrait lui échapper) est tout bonnement incroyable dans ce rôle. On l’a vu l’année dernière dans les très moyens Preacher et Warcraft, mais elle montre cette fois-ci qu’elle est capable de bien plus. Elle porte pratiquement le film à elle seule (même si la performance de Joel Edgerton n’est pas non plus à oublier) en interprétant un rôle compliqué, mêlant craintes, amour et détermination à vivre la vie qu’elle souhaite.

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S’il faut retenir une scène particulièrement marquante, c’est celle où le photographe du magazine Life, Grey Villet (ici interprété par l’excellent Michael Shannon), alors qu’il accompagne le couple chez eux l’espace d’une journée, prend quelques photos d’eux pour un article visant à médiatiser leur affaire. A cette occasion, il les photographies devant leur télé alors qu’ils ne prêtent pas attention à lui et rigolent devant le programme télévisé : une scène intense et pleine d’émotion, où l’amour que se portent ces deux personnes est affiché de la manière la plus pure. On découvrira à la fin du film que cette photo existe bel et bien.

Loving est donc un film extrêmement touchant. Il parvient à concilier habilement cette histoire d’amour qui a su résister aux épreuves les plus difficiles, et un épisode de la lutte pour les droits civiques dans le contexte ségrégationniste. Cette histoire, déterminante dans la reconnaissance du mariage comme droit fondamental par les juges suprêmes américains, est ici traitée de la manière la plus authentique et la plus sincère possible par un Jeff Nichols qui nous offre un de ses tous meilleurs films.

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4 réflexions sur “Loving, une histoire d’amour pour changer l’histoire

  1. Un beau film en effet. Mais je pense que Ruth Negga ne sera pas primée et sera devancée par Emma Stone pour la statuette de meilleure actrice. Je ne dis pas que ça par avis personnel mais c’est ce qu’il semble se profiler en vue de toutes les cérémonies précédentes.

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    1. C’est ce que je pense aussi malheureusement. J’ai beaucoup aimé Emma Stone dans La La Land, mais elle me semble avoir proposé une performance sympathique tout au plus, qui s’inscrit dans une mécanique bien huilée (et accompagnée par un Ryan Gosling au top de sa forme). Alors que Ruth Negga… Elle porte Loving à elle seule.

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      1. c’est l’aspect danse+chant qui fera la différence pour les votants. Et puis si tu prends les autres nommées c’est pas mal non plus. Natalie Portman dans Jackie, elle est géniale aussi

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        1. C’est sûr que La La Land réalise un sans faute, c’est calibré pour les Oscars (mais ce n’est pas une critique), je vois mal comment ils pourraient ne pas repartir avec de très nombreuses statuettes.
          Je n’ai malheureusement pas encore eu la chance de voir Jackie, j’espère en avoir l’occasion avant que le film ne soit plus à l’affiche. Pour les autres, je n’ai pas l’impression que Meryl Streep mérite l’Oscar cette année pour Florence Foster Jenkins (même si elle est excellente), et bien que j’ai adoré Isabelle Huppert dans Elle, mon cœur a totalement chaviré pour la performance de Ruth Negga.

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