Mass Effect : Andromeda, la colonisation naïve

Des années après la conclusion de la trilogie originale, les développeurs de Bioware proposent par le biais de leur studio de Montréal une nouvelle aventure pour la licence Mass Effect. Intitulé Andromeda, ce nouvel épisode pose les bases d’une nouvelle épopée qui se veut épique.

C’est en 2185 (entre Mass Effect 2 et 3) que débute l’Initiative Andromède. Cette mission un peu particulière consiste à envoyer des milliers de colons, grâce à plusieurs « Arches » qui les maintiennent en stase pendant le voyage, vers la galaxie d’Andromède. 600 ans plus tard, l’arche Hyperion arrive à bon port mais rien ne se passe comme prévu : les autres arches ne répondent pas et de sévères dommages sont subis. Dans cette quête d’un nouveau monde pour les différentes races qui peuplaient la Voie Lactée, il faudra faire face à de nombreux périls pour enfin pouvoir s’installer.

MassEffectAndromedaCritique (1)

La colonisation c’est maintenant

L’exploration spatiale fascine inévitablement, et Mass Effect : Andromeda joue largement sur cette corde en amenant le joueur aux quatre coins d’une galaxie lointaine, sur de nombreuses planètes aux atmosphères radicalement différentes. On se plaît forcément à chaque fois à découvrir ces nouveaux environnements, bien qu’au bout de quelques planètes un sentiment de lassitude s’installe à cause des nombreuses quêtes, pas toujours passionnantes, qui se dresseront sur notre chemin. Mais le jeu remplit tout de même son rôle premier, il est dépaysant et il donne toujours envie d’y revenir pour se remettre dans la peau de cet explorateur du futur. La mission est foncièrement moins militariste que dans la trilogie originale puisque l’objectif est de s’installer paisiblement, et avec l’accord des races qui peuplent cette galaxie, dans un nouvel habitat. Même lorsque les choses dérapent et mènent l’héroïne ou le héros (puisque le joueur choisit d’incarner la sœur ou le frère Ryder) vers un affrontement, l’idée première est d’explorer et de trouver des planètes où les différentes arches pourront à terme installer leurs nombreux colons. L’histoire du jeu trouve toutefois des résonances parfois désagréables, avec une ambiance très colonisatrice où l’objectif sera perpétuellement de « modifier » la zone pour pouvoir y vivre et y exploiter toutes les ressources nécessaires. Heureusement, le joueur sera inlassablement orienté vers une vie en harmonie avec les locaux, au moyen de la négociation et de l’entraide plutôt que le pillage.
Mais Mass Effect : Andromeda est avant tout l’histoire de quelques personnes qui se retrouvent propulsés vers des responsabilités auxquelles ils n’étaient pas préparés. Si un célèbre héros dira qu’un « grand pouvoir implique de grandes responsabilités », on a ici affaire à des héros en devenir qui n’ont aucune idée de la manière avec laquelle ils vont devoir agir. Le seul objectif est la survie de la colonie, et c’est ce qui va guider leurs choix. Alors le joueur sera amené à en faire beaucoup, qu’ils aient ou non un impact réel sur son environnement, en y ajoutant toute la maladresse de l’être Humain qui comprend rapidement que tout ne sera pas rose. Certains choix au profit de la colonie provoqueront des dégâts, moraux ou physiques, et Mass Effect : Andromeda se pose comme un parfait exemple de cette impossible conciliation entre le bien commun et individuel. C’est aussi en ce sens que le jeu se distingue de la trilogie originale, puisqu’on n’y incarne plus un militaire surentraîné ayant déjà survécu à toutes les guerres, mais un(e) simple soldat qui fait avec les moyens du bord pour aider sa colonie, alors qu’il s’agit de sa première véritable mission.

Dans ce nouvel épisode l’équipe de Bioware Montreal a essentiellement repris les mécaniques de la trilogie originale, en y ajoutant quelques nouveautés bienvenues. C’est le cas du jetpack notamment qui vient installer une verticalité intéressante au gameplay, laissant régulièrement la possibilité de se déplacer sur les hauteurs pour prendre l’ennemi à revers. On peut y ajouter un ensemble plus dynamique et ça donne des affrontements réussis. A côté, l’infernal « Mako », le véhicule du tout premier Mass Effect qui a provoqué des cauchemars chez tous les joueurs, est remplacé par un certain « Nomad » qui permet d’explorer avec aise tous les recoins des différentes planètes : c’est un élément extrêmement important du gameplay puisque l’essentiel du jeu va se concentrer autour de l’exploration. A ce propos, le jeu tombe la tête la première dans ce que j’appellerais le « syndrome Ubisoft« , un phénomène extrêmement désagréable que l’on ne cesse de retrouver sur cette génération de consoles et PC : la recherche coûte que coûte d’un monde vaste et ouvert que l’on remplit d’une infinité de points d’intérêts et de quêtes pour faire semblant d’exploiter au mieux la carte du monde. Si certaines quêtes tirent leur épingle du jeu, j’ai la plupart du temps eu le sentiment de « balayer » les différentes planètes en me déplaçant d’un point d’intérêt à un autre sans chercher à explorer ni à comprendre ce qui se passait devant mes yeux. Si ce phénomène ne dérange pas énormément sur la première planète, où les quêtes et la carte se dévoilent peu à peu, je dois avouer avoir eu un sentiment de lassitude arrivé à la troisième planète où une vingtaine d’objectifs m’étaient quasi-instantanément proposés.
Heureusement malgré cet aspect bancal et l’enrobage en dents de scie (si certaines zones sont superbes, les animations des personnages peuvent faire rire), l’histoire se laisse suivre avec plaisir grâce à une poignée de personnages plutôt bien réussis. Je pense notamment à Lexi, Peebee, Jaal ou encore Drack, chacun développant peu à peu son background au fil de l’aventure, au moyen de divers dialogues à enclencher ici et là. A côté on trouve des personnages bien moins creusés, mais c’est le lot de tous les Mass Effect qui n’ont jamais fait un sans faute sur les personnages secondaires. Du côté de l’histoire en elle-même, j’ai souvent eu l’impression d’être dépassé par les événements, un peu spectateur, mais c’est un sentiment plutôt agréable dans un jeu qui tente tant bine que mal de faire du protagoniste principal un personnage lambda, loin du sauveur de la galaxie qu’était le commandant Shepard dans la première trilogie.

Pour une Galaxie forte

Néanmoins je regrette assez largement un manque d’ambition. Extrêmement classique, la quête principale rappelle énormément celle du premier Mass Effect dans sa progression et sa structure, et il faudra attendre la toute dernière mission pour voir un peu de scènes « épiques ». A ce propos, la musique est bien trop discrète et ne vient pas relever une ambiance trop monotone, une déception sachant que John Paesano était à la composition (dont le travail sur la série de Netflix, Daredevil, est excellent). Avant l’excellente dernière mission, on nous fait miroiter une terrible menace qui détonne énormément avec le quotidien d’explorateur-colonisateur imposé au joueur. Un peu comme si Bioware Montreal n’avait pas osé aller jusqu’au bout de son idée, et avait finalement souhaité de rattacher coûte que coûte Andromeda à ses prédécesseurs. Parmi les regrets on peut rajouter la très faible diversité des races qui peuplent cette nouvelle galaxie. Se comptant sur les doigts d’une main, elles sont vites écrasées sous l’arrivée des races de la galaxie de la Voie Lactée (que l’on connaît depuis le premier Mass Effect : Humains, Krogans, Asaris, Galariens, Turiens), à tel point que le local finit par devenir l’alien. Que cela soit voulu ou non, j’aurais aimé que l’on ai plus longtemps ce sentiment d’être un parfait étranger.

En fin de compte Mass Effect : Andromeda est un jeu que j’ai plutôt bien apprécié. Malgré ses indéniables défauts, j’ai beaucoup apprécié son approche plus intimiste et presque « réaliste » du héros : que l’on choisisse d’incarner la sœur ou le frère Ryder, on a affaire à des personnages qui revêtent le costume de leader par obligation et qui n’y ont jamais été préparés. Arrivé là pour explorer et trouver un nouvel habitat, le héros est baladé d’un monde à l’autre pour donner un coup de main et obtenir la confiance des locaux. Avec ses intrigues politiques, ses rebellions et ses inévitables romances, Andromeda nous invite dans un récit de science-fiction des plus agréables pour peu que l’on parvienne à passer outre sa technique décevante et son rythme saccadé, en grande partie dû à un pseudo-monde ouvert mal exploité.

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