The Meyerowitz Stories, la famille selon Baumbach

Sujet de la discorde au dernier Festival de Cannes, Netflix diffuse enfin le deuxième film en sélection et qui a suscité les débats les plus intenses en compagnie de Okja. Ce film c’est The Meyerowitz Stories, réalisé par Noah Baumbach, il raconte l’histoire d’une famille dysfonctionnelle.

Harold Meyerowitz (Dustin Hoffman) est un sculpteur raté : aigri mais néanmoins à la vie relativement confortable, son travail et sa quête de popularité ont brisé sa famille. Malgré les apparences, ses deux fils Danny (Adam Sandler) et Matthew (Ben Stiller) ont des tonnes de choses à lui reprocher alors qu’ils ont toujours dû vivre dans son ombre.

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The Sunglasses

Noah Baumbach propose sa vision d’une famille dysfonctionnelle, privilégiée mais néanmoins pathétique : entre deux cocktails au sein de la bonne société new-yorkaise, ils apparaissent ridicules et misérables, empêtrés dans leurs petites embrouilles et dans les questions existentielles d’un sculpteur qui a vécu sa vie au détriment de celle de ses enfants. Un de ses fils a divorcé et vient s’installer chez lui le temps de rebondir, l’occasion de lui rappeler à quel point il a toujours été la mauvaise graine de la famille ; quand son autre fils arrive en ville, lui se voit rappeler qu’il aurait du être artiste. Ses deux fils, de deux mères différentes, ont grandi dans l’ombre d’un père aux rêves surdimensionnés et lorsqu’ils se retrouvent tous ils deviennent presque les boucs-émissaires d’une carrière ratée. Les échecs de la vie du père sont projetés sur les vies de ses fils, un qui a réussi dans un métier qui n’a rien d’artistique tandis que l’autre se cherche, rejetant ses doutes et ses peurs sur son père sûrement trop exigeant. L’intrigue, en toile de fond, qui a pour objet une paire de lunettes dont le père ignore le propriétaire est d’ailleurs une jolie mise en abyme de ce désintérêt du père pour ses enfants.

Cette fable que nous propose Noah Baumbach est donc une critique de la famille, cet espace auto-destructeur où les égos s’entre-choquent dans des débats souvent ridicules. Chaque personnage s’attache à des détails et semble porter toute la misère du monde sur les épaules, croyant être le plus malheureux de la famille et le plus à plaindre. Le réalisateur s’amuse des codes de la comédie pour en faire une véritable tragédie, celle d’une famille qui ne s’est jamais trouvé et qui a toujours vécu sur des apparences. Bien sûr le film aura son lot de révélations et de disputes familiales, mais c’est avant tout une histoire touchante venant de quelques personnes qui, malgré tous les reproches qu’ils ont à se faire, parviennent à se souder et affronter les pires épreuves avec solidarité. Baumbach parvient à sublimer ses acteurs, notamment Ben Stiller et Adam Sandler qui sortent là de comédies plus classiques pour montrer une certaine sensibilité et capacité à l’auto-critique : leurs personnages aux milliards de reproches s’apparentent presque à leurs carrières, où ils ont parfois connu le succès mais aussi souvent les critiques pour des films très oubliables.

Sick on Weekends

Si le tout fonctionne bien c’est aussi et surtout grâce au travail du réalisateur, qui parvient à saisir l’émotion dans la futilité des situations, à s’amuser d’une famille pitoyable pour en faire un sujet dramatique attendrissant : si les personnages sont le plus souvent détestables et pathétiques, ils finissent par à toutes les familles : imparfaites et nécessaires. Tout tourne autour du père, incarné par un bon Dustin Hoffman, qui apparaît comme une plaque tournante sur laquelle se repose le réalisateur. Il alterne les plans où il lui confère une sorte de grandeur, le mettant au-dessus des autres, et les plans où il en fait un vieillard misérable. Cette dualité est l’expression de sa carrière, un sculpteur raté qui n’est passé qu’à peu de choses du succès.
On notera également la bande originale composée par Randy Newman qui installe parfaitement l’ambiance absurde et déconcertante du film avec des sons légers qui tranchent avec la gravité de certaines scènes.

The Meyerowitz Stories est une bonne surprise : avec son casting qui peut rappeler des comédies pas franchement captivantes, Noah Baumbach a su tirer le meilleur de ses acteurs pour proposer une comédie dramatique aux personnages pathétiques, mais toujours touchants, au sein d’une famille brisée.

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