Okja, une satire fantastique et insolente

On a beaucoup parlé ces dernières semaines de ces fameux films produits par Netflix et retenus en sélection à Cannes. Okja est l’un d’eux. Après avoir déchaîné l’ire du Centre national du cinéma en raison de sa projection non pas en salles, mais sur la plateforme du géant américain, le film du réalisateur coréen Bong Joon Ho est enfin disponible.

La multinationale Mirando se lance dans un nouveau projet. Prétextant une future pénurie de viande, la présidente de la société Lucy Mirando (Tilda Swinton) lance la production de cochons génétiquement modifiés, à tel point qu’ils atteignent une taille gigantesque. Ces « super-cochons » sont distribués aux quatre coins du monde à titre d’expérience. L’un d’eux est élevé par un fermier sud-coréen et sa fille, Mija (Ahn Seo Hyun). Surnommée Okja, la bête est devenue un véritable membre de sa famille. Mais les choses se gâtent lorsque dix ans après l’avoir donné, la compagnie Mirando, avec sa star le Dr. Johnny Wilcox (Jake Gyllenhaal), vient récupérer le « super cochon ».

OkjaCritique (2)

La Belle et sa Bête

Les intentions de la multinationale sont obscures bien évidemment, et le propos de Bong Joon Ho se situe à ce niveau : comme lorsqu’il adaptait le Transperceneige sur le grand écran, il montre son attachement à l’écologie. Ici, on découvre une multinationale qui pousse le consumérisme encore plus loin, inventant tous les prétextes pour faire des expérimentations illégales sur les créatures afin de produire toujours plus de viande, à bas prix, afin de récupérer de plus en plus d’argent. Le peuple applaudit, sous couvert d’un pseudo-concours du « meilleur super-cochon » la foule est en liesse face à la prouesse technique. Mais face à eux s’oppose Mija, une jeune sud-coréenne qui ne connaît pas grand chose au monde et qui ne parle pas un mot d’anglais. Elle, elle voit Okja comme un membre de sa famille, c’est son animal de compagnie, elle l’aime et la traite du mieux qu’elle le peut. A ses côtés, elle rencontrera divers personnages qui eux aussi voudront s’opposer à cette multinationale, pour des raisons différentes.
Mais Okja est avant tout un conte, celui de la Belle et la Bête, d’une jeune femme qui aime sincèrement un animal. S’il ne s’agit pas de l’amour dont parle Disney dans son film d’animation, il n’en reste pas moins un amour sincère auquel n’importe qui ayant un jour eu un animal de compagnie à ses côtés pourra s’identifier. Elle est prête à aller au bout du monde pour sauver Okja, et leur relation fusionnelle a vocation à être plus fort qu’une multinationale extrêmement puissante.

Le récit tourne autour de Mija, sa confrontation à une société occidentale qu’elle ne connaît pas et sa quête de libération d’Okja. Mais on découvre également un « Front de libération animale », une bande de jeunes qui emploient de grands moyens pour la cause animale, partout dans le monde. Au programme une tentative d’évasion incroyable pour Okja, mais aussi et surtout une aide fondamentale pour la jeune fille, bien forcée de leur faire confiance. Du côté des antagonistes, Tilda Swinton et Jake Gyllenhaal jouent des rôles hauts en couleur, antipathiques au possible et caricaturaux : détestables mais nécessaires, ils incarnent une société à la cruauté exacerbée. Ainsi, le réalisateur installe une constante opposition entre ces personnages qui incarnent tout ce que la société de consommation a de terrible, et l’idéalisme sincère de Mija. Cette jeune fille est présentée comme pure, sans arrière pensée ni en cherchant ses intérêts : une des dernières scènes va d’ailleurs traduire cet état d’esprit. Okja se révèle être un film très touchant, idéaliste mais pertinent.

La consommation outrancière comme antagoniste

Bong Joon Ho appelle des sentiments sincères, de compassion et de solidarité. Un véritable espoir est insufflé par la jeune Mija, tandis qu’elle découvre les dessous d’une société cruelle, avec des abattoirs où les bêtes sont traitées comme moins que rien et une production de masse. Le réalisateur coréen vise évidemment notre société actuelle : la question animale, bien que timide, se pose de plus en plus et les modes d’alimentation qui excluent la viande animale se développent de plus en plus.
Je regrette toutefois que Bong Joon Ho n’ai pas été plus ambitieux. Si l’aventure est belle et le propos touchant, le film ne s’attarde que trop peu sur certains personnages. Celui incarné par Paul Dano par exemple, membre du « Front de libération animale »,  aurait mérité que l’on s’y attarde. Au-delà de ça, le film a un petit goût d’inachevé. J’ai sûrement été influencé par tout le bruit qui a été fait autour de Okja, laissant croire à quelque chose de différent

Pour autant, Bong Joon Ho réussit son pari et parvient à proposer un très bon film. Après avoir été victime d’une polémique pas très captivante venue du Festival de Cannes, le réalisateur sud-coréen peut enfin proposer ce long-métrage, qui a ses défauts, mais qui pour son propos et ses héros extrêmement attachants se place le très haut du panier des productions Netflix et montre bien que la plateforme de vidéo à la demande est capable de proposer de vrais moments de cinéma.

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2 réflexions sur “Okja, une satire fantastique et insolente

  1. Un très beau film, et tu en parles avec brio Anthony. Bravo ! J’ai lâché ma petite larme devant Okja. Moi qui suis un partisan de la cause animale (sur la voie du végétalisme), qui pourrait probablement sacrifier ma vie pour mon chien, j’ai été très ému de voir ce film, que je trouve très juste, profondément « vrai » dans tous les sens du terme. L’une des toutes dernières scènes du film par exemple, où Mija sort tant bien que mal de l’abattoir avec Okja alors que cette dernière allait finir en saucisson : sauver la vie d’un seul animal n’allège pas le poids de la douleur, de la tristesse et de la honte. On voit la doublette s’extirper du bâtiment morbide tandis que des centaines de super-cochons prennent le chemin inverse, eux qui n’échapperont pas à leur destin. Cette scène est très belle, très juste. Le réalisateur du film est bien plus qu’écolo, c’est un humaniste. J’espère que le film fera beaucoup parler de lui, vraiment !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à toi :)
      J’ai bien aimé cette fin pour une autre raison : elle vient installer un double propos entre la femme qui va sauver son animal, qu’elle considère comme membre de sa famille, mais également le choix « égoïste » de l’humain. Elle aurait pu repartir et révéler l’horreur, mais elle est allée au bout pour sauver son animal, pas les autres.

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