Le Château de verre, un passé dérangeant et une fuite en avant

Le Château de verre est un film réalisé par Destin Daniel Cretton, adaptation du roman autobiographique du même nom de Jeannette Walls. Cette dernière y raconte l’histoire de sa vie, de son enfance et de sa recherche d’un monde meilleur.

Jeannette Walls (Brie Larson) n’était pas une enfant comme les autres : sa mère Rose Mary (Naomi Watts) est une artiste excentrique au sens des réalités peu commun, et son père Rex (Woody Harrelson) est un inventeur alcoolique qui n’a jamais été à la hauteur. Alors que Jeannette rêvait d’être journaliste, elle est aujourd’hui une chroniqueuse mondaine bien intégrée à la haute société new-yorkaise. Mais son passé tortueux et sa famille dysfonctionnelle vont revenir à elle alors qu’elle vient de se fiancer à Eric (Max Greenfield), un riche homme d’affaires.

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Rich City Folk

A certains égards cette histoire peut rappeler l’excellent Captain Fantastic : si cette famille vit dans une terrible pauvreté, à tel point que l’on verra les parents faire les poubelles, elle n’en reste pas moins attachée à cette idée de liberté et de capacité à dépasser les standards imposés par la société. Néanmoins la vie de Jeannette Walls est moins rose que celle dépeinte dans le film précédemment cité. Pratiquement prisonniers d’un père alcoolique et parfois violent, les enfants vont tour à tour s’enfuir vers de jours meilleurs et dans l’objectif d’obtenir une vie plus stable et épanouissante. Leur mère est trop occupée à penser à son art tandis que leur père continue de croire dur comme fer à sa capacité à inventer quoique ce soit d’utile. Néanmoins, la jeune Jeannette Walls va s’attacher à une chose, une promesse et un rêve de son père : le Château de verre. C’est une maison qu’il promettait de leur construire, une maison unique où la lumière s’introduirait partout, une sorte de paradis sur terre symbolisant le bonheur que la jeune fille d’alors n’a jamais vraiment connu. La relation entre la fille et son père est fusionnelle, s’ils ont tant à se reprocher ils étaient néanmoins extrêmement proches et avaient besoin l’un de l’autre. C’est là tout le propos du long métrage de Destin Daniel Cretton, raconter cet amour éprouvé par une jeune femme pour sa famille, quand bien même celle-ci était extrêmement toxique.

En ce sens Le Château de verre est une réussite. Sensible et pertinent, le film romance la vie et le passé d’une journaliste ambitieuse mais attachée à des origines qu’elle a pourtant parfois tenté de cacher. Parfois honteuse de ses parents, son amour l’emporte néanmoins alors qu’au fond d’eux ses parents ont toujours eu à cœur de montrer à leurs enfants que la vie peut être belle, y compris lorsque l’on ne possède rien. Cette histoire est racontée avec beaucoup de sensibilité par le réalisateur américain, tant au moyen d’une mise en scène sincère et discrète que d’une direction de qualité de ses acteurs. En effet, les qualités intrinsèques du film sont sublimées par les performances de Brie Larson et Woody Harrelson que le réalisateur a su mettre dans les meilleures dispositions. La première joue parfaitement avec cette ambiguïté de son personnage, dévoilant parfois un regard de haine incroyable alors qu’elle dîne avec sa mère, et d’autres fois une forme de mélancolie et d’amour face à son père qui a bien conscience de toutes ses erreurs. Ce dernier est interprété par un Woody Harrelson qui montre là tout l’étendu de son talent. Parfois sensible et parfois inquiétant, il joue sur deux tableaux avec autant de maîtrise que Brie Larson et les deux nous offrent là une complicité hors norme qui porte le film de bout en bout. D’autant plus que les jeunes actrices qui incarnent Jeannette Walls à 5 et 10 ans sont elles aussi à la hauteur.

How strong you are

Néanmoins, on regrettera un film au rythme parfois décousu et qui semble un peu trop coller à sa dimension biographique. Les scènes s’enchaînent comme les pages d’un livre et on pourra regretter certains découpages, certaines scènes qui ne vont pas au bout des choses. Le travail n’en reste pas moins de qualité, grâce aussi à la photographie de Brett Pawlak qui nous emmène sans mal dans cette Amérique profonde et qui installe avec beaucoup de réussite une opposition constante entre la froideur de la nouvelle vie de Jeannette Walls, riche et mondaine, et la chaleur de l’amour de parents dysfonctionnels. La bande son finit de sublimer le film, qu’il s’agisse du choix pertinent de chansons comme Sleep on the floor de The Lumineers, ou de compositions originales de Joel P. West.

Malgré son rythme un peu en dents de scie qui porte probablement préjudice à l’ensemble du film, Le Château de verre n’en reste pas moins une belle expérience, touchante et sincère qui nous raconte la vie hors du commun d’une femme qui rêvait d’une autre vie. Elle a grandi avec l’espoir de partir et devenir une journaliste célèbre, et une fois son rêve réalisé elle s’est rendue compte que cela ne suffisait pas. Destin Daniel Cretton fait un excellent travail avec cette histoire et nous livre un film très touchant.

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