Man on High Heels, le flic qui portait des talons hauts

Man on High Heels est un polar réalisé par Jang Jin. Cette œuvre prend à contre pied le petit monde du film noir coréen en s’intéressant à un sujet malheureusement encore tabou : le transsexualisme.

Yoon Ji Wook (Cha Seung Won) est un policier connu pour sa facilité à maîtriser des criminels tous plus violents les uns que les autres. Craint par les délinquants à cause de sa brutalité, il cache un secret qu’il ne peut révéler sous peine de voir sa vie professionnelle bouleversée : au fond de lui, il se sent comme femme. Après des années à essayer de passer outre ce sentiment, il va décider de se laisser aller à ses désirs et vivre en tant que femme, avec l’intention de subir une opération de changement de sexe. Mais au moment où il allait quitter son ancienne vie, le crime organisé met en place sa vengeance et tente d’atteindre Ji Wook et ses proches.

Burn So Slow

Ce personnage inattendu apporte une véritable fraîcheur au cinéma coréen. Tout en reprenant ce qui fait la force des films noir coréens, il pose une dimension et des questions intéressantes. Le film s’intéresse à l’image de soi, l’identité sexuelle et du genre. C’est des thèmes que l’on a pu voir plus ou moins bien traités dans quelques films, par exemple l’excellent Laurence Anyways de Xavier Dolan, mais la Corée du Sud se montre avare sur ce thème tant il représente encore aujourd’hui un certain tabou. Le film ne se perd pas dans une certaine morale mais traite de manière subtile un sujet qui est encore aujourd’hui trop souvent esquivée. Il met en scène un personnage initialement extrêmement violent et « viril » qui passe son temps à taper des criminels, mais qui montre justement la difficulté de s’affirmer et de s’assumer dans une société qui laisse peu de place aux transgenres, une facette de sa personnalité qui va même être l’élément qui poussera la mafia à se venger de lui.

L’acteur Cha Seung Won qui apparaît donc au premier abord dans un rôle particulièrement violent, révèle une sensibilité touchante et porte ce rôle de flic transgenre avec brio. Sans grands artifices ni démesure, il incarne une personne qui a ses doutes et ses certitudes et qui essaie d’accepter son identité. Le film ne se contente pas d’enchaîner les évidences et les scènes clichés de ce type d’histoire, il nous montre sobrement l’évolution d’un personnage dans un monde où la transsexualité n’apporte que moqueries et rejet. Et c’est là que le film est brillant, c’est parce qu’il montre ce type de personnage dans un univers inattendu, qui tranche radicalement avec les autres films qui ont pu aborder ce sujet ou même avec les autres films noirs coréens où bien souvent le héros est une caricature d’homme « fort » dont l’identité de genre ne fait aucun doute.

Une esthétique séduisante

Avec Jang Jin à la réalisation, on pouvait sans problème s’attendre à des scènes de combat particulièrement bien chorégraphiées, et c’est le cas. Chaque coup porté est ressenti avec intensité par le spectateur, grâce à des personnages qui n’enchaînent pas les mouvements inutiles mais jolis, privilégiant des mouvements plus réalistes et qui s’attachent à montrer la puissance du héros. Ces combats sont bien aidés par une mise en scène intéressante et une superbe photographie qui met en avant chaque lieu du film, et qui s’éloigne de ce que l’on voit d’habitude en proposant des images colorées plutôt que ternes, dans un style qui rappelle un peu Coin Locker Girl récemment. Séoul est froid et pluvieux, mais surtout coloré.  Cette volonté de trancher avec la morosité du scénario et du film noir en général se retrouve également dans quelques scènes qui se laissent aller au comique, comme pour permettre au spectateur de souffler entre des scènes tantôt violentes à la limite du gore, tantôt tragiques. Pour conclure sur la forme du film, j’ai été particulièrement séduit par la bande son du film. Les scènes de combat sont accompagnées de musique punchy qui rythment à la perfection les chorégraphies, tandis que les scènes de dialogues sont elles accompagnées de guitare sèche ou même de violon qui à leur manière instaurent un climat mélancolique. La musique est curieusement très présente et participe grandement à l’ambiance particulière qui se dégage de ce film.

Ainsi Man on High Heels est un film qui attire l’œil. Il aborde des thèmes atypiques dans une forme esthétique particulièrement séduisante, qui plaira à tous les fans du genre. Le personnage principal est interprété par un Cha Seung Won au meilleur de sa forme, à la fois surprenant et touchant. Le réalisateur Jang Jin a su réunir avec succès tous les ingrédients qui font la qualité des films noirs coréens en s’éloignant des histoires de vengeance habituelles pour proposer plutôt un regard touchant sur un sujet de société qui se fait bien trop rare dans le cinéma. Je ne peux que vous conseiller de voir ce film, bien que sa distribution française soit très limitée (quelques salles parisiennes le diffusent, tout au plus).

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4 réflexions sur “Man on High Heels, le flic qui portait des talons hauts

    1. Il est un peu particulier, avec un rythme en dents de scie peut-être. Mais j’ai tellement aimé l’esthétique du film et le traitement du thème, c’est « couillu » alors que les films du genre ont un peu tendance à tous se ressembler.

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      1. « c’est couillu » dans le sens « c’était fort d’oser parler de ce thème dans le contexte policier vs. mafia et ça lui donne de l’originalité » ? ou c’est par rapport au fait d’avoir plus axé l’intrigue sur la quête du héros pour son identité plutôt que de rester en surface dans une lutte le gentil vs. les méchants gangsters ?

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  1. Osé de parler de ce thème dans ce contexte. Si on reprend les films coréens du genre, on nous montre un monde où on se pose pas trop de question sur le genre ou l’identité sexuelle, on a toujours affaire à une vengeance ou le sauvetage de la demoiselle de détresse (même si là on l’a un peu aussi). J’ai trouvé ça intéressant d’utiliser ce type de personnage, assez cliché (le flic qui dépasse les limites et pète la tête de tous les mafieux) en lui filant une quête d’identité.

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